RDC : vers un durcissement de la lutte contre le trafic des produits du tabac

La République démocratique du Congo se rapproche d’une nouvelle étape dans sa politique de lutte contre le tabac. Le projet de loi autorisant la ratification du Protocole pour l’élimination du commerce illicite des produits du tabac a été jugé recevable par l’Assemblée nationale, jeudi 23 avril 2026.

 

Le dossier avance désormais sur le terrain parlementaire. En se prononçant en faveur de la recevabilité de ce texte, les députés nationaux ont permis la poursuite de son examen, ouvrant ainsi la voie à une possible adhésion formelle de la RDC à un mécanisme international destiné à combattre les circuits illégaux liés aux produits du tabac.

Derrière cette procédure législative se dessine un enjeu plus large. Le trafic du tabac ne représente pas seulement une infraction commerciale. Il touche directement à la santé publique, à la protection des jeunes, au contrôle des frontières, mais aussi à la capacité de l’État à préserver ses recettes fiscales. Les produits issus de filières parallèles échappent souvent aux taxes, aux normes sanitaires et aux dispositifs de contrôle mis en place par les pouvoirs publics.

Devant la représentation nationale, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Kamba, a défendu l’importance de cette ratification. Il a présenté cette étape comme un signal fort dans la construction d’une politique sanitaire plus ferme et plus souveraine.

« Un moment historique pour la RDC. Protéger notre jeunesse, lutter contre le tabagisme précoce, sécuriser les recettes de l’État et renforcer notre souveraineté sanitaire : telle est notre responsabilité », a déclaré le ministre.
Pour le gouvernement, l’objectif est donc double : réduire l’exposition de la population, particulièrement des jeunes, aux produits du tabac, tout en limitant l’impact économique des réseaux illicites. Le commerce parallèle rend ces produits plus accessibles, parfois moins chers, et complique l’application des politiques de prévention.

Roger Kamba a également replacé cette démarche dans l’histoire de l’engagement congolais en matière de santé publique. Selon lui, la RDC doit reprendre une position de premier plan dans les grandes initiatives internationales de lutte contre les facteurs de risque sanitaires.
« Après avoir été pionnière en Afrique avec la Convention-cadre de l’OMS, la RDC doit retrouver son leadership en santé publique », a-t-il souligné.

Le Protocole pour l’élimination du commerce illicite des produits du tabac constitue un outil international de coopération entre États. Il vise notamment à renforcer la traçabilité, le contrôle de la chaîne d’approvisionnement, la lutte contre la contrebande, la contrefaçon et la fabrication illégale des produits du tabac.

Pour un pays comme la RDC, confronté à de vastes frontières et à des défis persistants en matière de contrôle commercial, l’adhésion à ce protocole pourrait offrir un cadre supplémentaire pour mieux encadrer l’importation, la circulation et la vente des produits concernés.

Le ministre de la Santé a insisté sur la portée symbolique et pratique du vote intervenu à l’Assemblée nationale. À ses yeux, il ne s’agit pas d’un simple acte administratif, mais d’un engagement national en faveur de la protection de la vie et de l’avenir du pays.
« Ce vote marque le début d’un engagement national pour défendre la vie, la santé et l’avenir de notre pays », a-t-il affirmé.

Après cette étape de recevabilité, le texte devra poursuivre son parcours législatif avant une éventuelle ratification définitive. Les prochaines discussions permettront d’évaluer les implications juridiques, sanitaires, économiques et institutionnelles de cette adhésion.
Si le processus aboutit, la RDC disposerait d’un instrument supplémentaire pour renforcer sa lutte contre les filières illégales du tabac, mieux protéger les consommateurs, limiter le tabagisme précoce et récupérer une partie des ressources fiscales aujourd’hui perdues dans les circuits parallèles.