RDC/Ituri : le bilan controversé du général Johnny LUBOYA

Johnny LUBOYA quitte l’Ituri, mais laisse une province meurtrie

Le Lieutenant-Général Johnny LUBOYA NKASHAMA n’est plus Gouverneur militaire de la province de l’Ituri.

Si le départ de Monsieur LUBOYA est vécu comme un soulagement, la reconduction de l’état de siège et le maintien du pouvoir dans les mains militaires suscitent des inquiétudes graves.

Cependant, il quitte ses fonctions et laisse derrière lui une province meurtrie, endeuillée et profondément déstabilisée par une insécurité persistante qui n’a cessé de s’aggraver durant son administration.

Pour de nombreux Ituriens, le temps est venu de dresser le bilan réel de son passage à la tête de la province et de dénoncer ce qu’ils considèrent comme des échecs, des complicités et des dérives ayant contribué à prolonger les souffrances de la population.

L’état de siège : un espoir sécuritaire devenu désillusion

L’état de siège avait été instauré en mai 2021 par le Président de la République, Félix Tshisekedi, dans le but de mettre fin aux massacres perpétrés par les groupes armés qui ensanglantaient l’Ituri et le Nord-Kivu. À cette époque, la province était déjà plongée dans une spirale de violences, notamment à cause des attaques meurtrières attribuées à la milice CODECO.

L’arrivée du Gouverneur militaire avait suscité un immense espoir au sein de la population. Ses premières déclarations étaient fermes et sans ambiguïté : les groupes armés devaient déposer les armes ou faire face à la puissance de l’État. Beaucoup d’Ituriens avaient alors cru que l’autorité publique allait enfin restaurer la paix et la sécurité.

De la promesse de fermeté à l’enracinement de l’insécurité

Pourtant, cinq ans plus tard, le constat apparaît accablant. Alors qu’au début de l’état de siège les autorités reconnaissaient l’existence d’un nombre limité de groupes armés, l’Ituri se retrouve aujourd’hui confrontée à une prolifération inquiétante de mouvements armés. L’insécurité s’est enracinée, les massacres se sont multipliés et les déplacements massifs de populations se sont poursuivis.

Les critiques les plus sévères reprochent au Gouverneur militaire d’avoir progressivement abandonné son engagement initial contre les groupes armés. Selon ses détracteurs, les opérations militaires ont cédé la place à une logique de coexistence et de rapprochement avec certains mouvements armés, pourtant accusés d’être responsables de graves violations des droits humains.

De nombreuses voix, issues de la société civile, des organisations de défense des droits humains, des communautés locales ainsi que de plusieurs élus de l’Ituri, ont dénoncé durant des années ce qu’elles considéraient comme une passivité, voire une complaisance des autorités de l’état de siège face à l’activisme des groupes armés. Ces alertes répétées sont restées sans réponses satisfaisantes.

Une population civile abandonnée face aux massacres et aux déplacements forcés

Pendant ce temps, la population continuait à payer le prix fort : villages incendiés, massacres de civils, déplacements forcés, fermeture des activités économiques, accès limité aux soins de santé, à l’eau potable et à l’éducation. Plusieurs sites de déplacés ont eux-mêmes été la cible d’attaques sanglantes, aggravant davantage la crise humanitaire.

Les critiques visent également la gestion de l’information durant cette période. Des acteurs locaux accusent les animateurs de l’état de siège d’avoir privilégié une communication destinée à justifier les échecs sécuritaires plutôt qu’à rendre compte de manière transparente de la situation sur le terrain. Les voix dissidentes, les leaders communautaires, les élus et les activistes qui dénonçaient les massacres se seraient régulièrement retrouvés sous pression ou menacés.

Droits humains en Ituri : des alertes longtemps ignorées

Plus récemment, les accusations d’exactions attribuées à certains éléments des forces de sécurité ont attiré l’attention des autorités nationales. Des préoccupations ont été soulevées concernant de graves atteintes aux droits humains commises contre des populations civiles en Ituri. Pourtant, selon plusieurs observateurs, ces alertes existaient depuis longtemps et avaient déjà été formulées par les acteurs locaux sans qu’elles ne produisent de réaction significative.

Après Luboya, la question des responsabilités demeure entière

Aujourd’hui, le départ du Lieutenant-Général Luboya ne saurait, à lui seul, clore le débat sur les responsabilités liées à la tragédie qu’a connue l’Ituri sous l’état de siège. Pour de nombreuses victimes et familles endeuillées, la priorité demeure l’établissement de la vérité, l’identification des responsables et la lutte contre l’impunité.

C’est pourquoi plusieurs voix réclament l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités éventuelles dans les massacres, les violations des droits humains et les actes de mauvaise gouvernance dénoncés au cours de ces cinq dernières années. Elles estiment que seule une justice impartiale permettra de rendre hommage aux victimes et de restaurer la confiance de la population dans les institutions de la République.

Vérité, justice et paix : les exigences incontournables pour l’Ituri

L’Ituri n’a pas seulement besoin d’un nouveau gouverneur. Elle a besoin de vérité, de justice et de paix. Sans cela, les blessures laissées par ces années de violence continueront de hanter les générations futures.