RDC/Ituri : entre Ebola, groupes armés et changement de gouverneur, une province sous très haute tension

L’Ituri traverse une nouvelle séquence critique. Alors que la province fait face à une épidémie d’Ebola, les violences armées se poursuivent dans plusieurs zones, notamment à Djugu. À Bunia, six structures sanitaires ont été temporairement fermées après des cas suspects. Dans le même temps, la nomination d’un nouveau gouverneur militaire relance le débat sur l’efficacité de l’état de siège.

La province de l’Ituri se retrouve une fois de plus prise dans un enchaînement de crises. La crise sanitaire, liée à Ebola, s’ajoute à une insécurité persistante. Les populations civiles, déjà éprouvées par plusieurs années de violences, doivent désormais composer avec la peur de la maladie, la fermeture de certaines structures de santé et la présence continue de groupes armés.

Selon des témoignages recueillit sur place, quatre personnes ont été tuées jeudi 4 juin à Tchelo, dans le territoire de Djugu, lors d’une fusillade attribuée à un milicien de la CODECO. Les faits se seraient produits pendant des funérailles. La même source rapporte aussi une attaque contre une position des FARDC à Iga-Barrière, ainsi que la découverte d’une cache d’armes près de Nizi.

Ebola en Ituri : la peur gagne les structures sanitaires

À Bunia, la situation sanitaire devient également préoccupante. Environ six centres de santé ont été temporairement fermés vendredi 5 juin après la détection de cas suspects d’Ebola. Cette fermeture vise, selon les autorités sanitaires, à permettre la désinfection des établissements et à limiter les risques de propagation du virus.

Les cas suspects ont été transférés vers les centres de traitement de l’Hôpital général de référence de Bunia et de Rwampara. Mais cette mesure réduit la capacité d’accueil des malades ordinaires dans la ville. Elle inquiète aussi plusieurs patients, notamment des femmes enceintes venues chercher des soins.

La crise sanitaire ne touche donc pas seulement les personnes contaminées ou suspectées de l’être. Elle fragilise tout le système local de santé. Dans une province déjà marquée par les déplacements massifs de populations, l’accès aux soins devient un autre terrain de vulnérabilité.

Djugu : la violence continue malgré l’urgence sanitaire

Pendant que les équipes médicales tentent de contenir Ebola, les violences armées continuent dans plusieurs localités. Cette situation complique la riposte sanitaire. Elle expose aussi les équipes médicales, les humanitaires et les habitants à un double danger.

La MONUSCO a d’ailleurs déployé une base mobile de Casques bleus à Mongbwalu pour renforcer la protection des travailleurs humanitaires, des équipes médicales et des infrastructures de santé. Cette présence vise à améliorer les conditions de travail des équipes de riposte.

Mais cette sécurisation ponctuelle ne règle pas le problème de fond. La province reste traversée par des groupes armés, des tensions communautaires et une défiance persistante envers les autorités. Dans plusieurs zones rurales, les habitants continuent de craindre les attaques, les représailles, les pillages et les déplacements forcés.

Nouveau gouverneur militaire : entre attentes et scepticisme

C’est dans ce contexte tendu que le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka a été nommé gouverneur militaire de l’Ituri, en remplacement du général Johnny Luboya Nkashama. Cette nomination intervient alors que l’état de siège, instauré pour restaurer la sécurité, continue de diviser l’opinion.

Certains habitants reconnaissent au gouverneur sortant des avancées dans les infrastructures, notamment la modernisation de la voirie urbaine et de l’aéroport de Bunia. D’autres estiment toutefois que l’objectif central de l’état de siège n’a pas été atteint, puisque les groupes armés restent actifs et que des milliers de personnes vivent encore dans les sites de déplacés.

Le nouveau gouverneur hérite donc d’une province en état d’urgence permanent. Il devra répondre à trois attentes immédiates : restaurer la sécurité, soutenir la riposte sanitaire et rétablir la confiance entre l’administration militaire et les populations locales.

ADF : plus de 300 civils tués en cinq mois

À cette situation s’ajoute le bilan lourd des attaques attribuées aux ADF dans l’Est de la RDC. Depuis le début de l’année 2026, plus de 300 civils ont été tués dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.

La dernière attaque a visé un campement des peuples autochtones Mbuti à Ngadi, dans la commune de Ruwenzori, à Beni. Le BCNUDH demande une enquête indépendante et impartiale pour identifier les auteurs et les traduire en justice.

Ce bilan rappelle une réalité brutale : les civils restent les premières victimes de l’échec sécuritaire dans l’Est congolais. Femmes, enfants, personnes âgées, déplacés et peuples autochtones paient le prix le plus lourd.

Une province abandonnée à plusieurs crises

L’Ituri n’est plus seulement une province en insécurité. Elle est devenue le symbole d’un effondrement simultané de plusieurs protections : protection sanitaire, protection militaire, protection humanitaire et protection institutionnelle.

La fermeture temporaire des structures sanitaires à Bunia montre la fragilité du système de santé. Les attaques à Djugu rappellent la persistance des groupes armés. Le changement de gouverneur militaire traduit, lui, la recherche d’une nouvelle réponse administrative et sécuritaire.

Mais pour les populations, l’urgence reste simple : vivre, se soigner, circuler, cultiver les champs et rentrer chez soi sans peur. Tant que ces besoins élémentaires ne seront pas garantis, les nominations et les annonces officielles resteront insuffisantes.

L’Ituri attend moins des discours que des résultats. La priorité doit être claire : protéger les civils, sécuriser les zones touchées par Ebola, soutenir les structures sanitaires et rétablir une autorité publique réellement capable de défendre la population.