Plus de 300 civils auraient été tués depuis le début de l’année 2026 dans des attaques attribuées aux ADF en Ituri et au Nord-Kivu. Ce bilan, dressé par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, relance la question de la protection des populations dans l’Est de la République démocratique du Congo.
La tragédie sécuritaire se poursuit dans l’Est de la République démocratique du Congo. Depuis le début de l’année 2026, plus de 300 civils auraient été tués dans les attaques attribuées aux ADF en Ituri et au Nord-Kivu. Ce bilan lourd rappelle l’ampleur d’une crise qui frappe d’abord les populations sans défense.
La dernière attaque rapportée vise un campement des peuples autochtones Mbuti à Ngadi, dans la commune de Ruwenzori, à Beni. Sept personnes de la communauté Mbuti auraient été tuées dans la nuit du 30 au 31 mai. Cette nouvelle tragédie confirme la vulnérabilité extrême des civils, en particulier des communautés autochtones.
Dans cette région déjà meurtrie, les populations vivent sous une menace permanente. Les attaques se répètent. Les villages se vident. Les familles fuient vers des zones jugées plus sûres. Mais même dans les lieux de refuge, la peur reste présente.
ADF en Ituri et au Nord-Kivu : les civils au cœur de la violence
Les attaques attribuées aux ADF visent souvent des civils ordinaires. Il s’agit de cultivateurs, de femmes, d’enfants, de personnes âgées, de déplacés ou de membres de communautés autochtones. Ces victimes ne participent à aucun conflit. Elles subissent pourtant la violence la plus brutale.
Dans plusieurs localités de l’Ituri et du Nord-Kivu, les habitants vivent avec la peur des incursions nocturnes. Les champs deviennent dangereux. Les routes deviennent incertaines. Les marchés se vident. Les écoles ferment parfois. Les familles hésitent à dormir dans leurs propres maisons.
Cette insécurité détruit progressivement la vie sociale. Elle empêche les populations de cultiver, de commercer, de se soigner et de se déplacer librement. Elle installe aussi une fatigue morale profonde. Les habitants ne savent plus à quelle autorité se fier ni vers quel lieu se réfugier.
Le bilan de plus de 300 civils tués en quelques mois ne doit donc pas être lu comme une simple statistique. Derrière chaque chiffre, il y a une famille endeuillée, un village traumatisé et une communauté abandonnée à sa douleur.
Les communautés autochtones particulièrement vulnérables
L’attaque contre le campement Mbuti de Ngadi met en lumière une vulnérabilité souvent ignorée. Les peuples autochtones vivent déjà dans une situation de marginalisation sociale, économique et politique. Lorsqu’une crise sécuritaire frappe, ils sont parmi les premiers exposés.
Leur accès à la protection reste faible. Leur voix est peu entendue dans les décisions publiques. Leurs pertes sont rarement placées au centre du débat national. Pourtant, ils paient un lourd tribut dans les violences qui secouent l’Est du pays.
La mort de sept membres de la communauté Mbuti à Ngadi doit donc provoquer plus qu’une simple condamnation. Elle doit conduire à une réponse claire. Les autorités doivent sécuriser les survivants, identifier les auteurs et garantir que ces crimes ne restent pas impunis.
La justice est indispensable. Sans justice, les massacres deviennent une répétition. Sans protection, les communautés les plus fragiles restent exposées et sans responsabilité, l’État perd encore davantage la confiance des populations.
Une crise sécuritaire qui aggrave la crise sanitaire
Ces attaques interviennent aussi dans un contexte sanitaire difficile. L’Est de la RDC fait face à une épidémie d’Ebola. Dans une telle situation, l’insécurité rend la riposte plus compliquée.
Lorsque les populations fuient les attaques, le suivi sanitaire devient difficile. Lorsque les routes sont dangereuses, les équipes médicales ne peuvent pas toujours accéder aux zones touchées et lorsque les habitants vivent dans la peur, la sensibilisation communautaire devient plus fragile.
La lutte contre Ebola exige de la confiance, de la stabilité et une présence médicale régulière. Or, les attaques armées produisent exactement l’inverse. Elles créent la panique, déplacent les populations et affaiblissent les services de santé.
Cette superposition entre violences armées et crise sanitaire est particulièrement dangereuse. Elle expose les civils à deux menaces en même temps : la mort par les armes et la mort par la maladie.
L’urgence d’une réponse plus efficace
Face à cette situation, les condamnations ne suffisent plus. Les populations attendent une protection réelle. Elles attendent des opérations mieux coordonnées, un renseignement plus efficace et une présence sécuritaire capable d’empêcher les attaques avant qu’elles ne se produisent.
La lutte contre les ADF ne peut pas se limiter aux communiqués militaires. Elle doit inclure la protection des villages, la sécurisation des routes, l’encadrement des déplacés et la prise en charge des survivants.
Les autorités judiciaires doivent aussi agir. Les crimes commis contre les civils doivent être documentés. Les auteurs doivent être recherchés. Les victimes doivent être reconnues. Les communautés touchées doivent être accompagnées.
Dans l’Est du pays, l’impunité nourrit la répétition des violences. Tant que les responsables ne sont pas identifiés et poursuivis, les populations continueront de douter de la capacité de l’État à les défendre.
Protéger les civils doit redevenir la priorité
La situation en Ituri et au Nord-Kivu pose une question fondamentale : à quoi sert l’autorité de l’État si les civils continuent d’être massacrés dans leurs villages, sur les routes ou dans leurs campements ?
Les opérations militaires sont nécessaires. Mais elles doivent être évaluées à partir d’un critère simple : la sécurité réelle des populations. Si les groupes armés reculent dans une zone mais massacrent les civils dans une autre, la stratégie reste incomplète.
L’État congolais doit replacer les civils au centre de sa réponse. Les populations ne demandent pas seulement des annonces. Elles demandent la possibilité de dormir sans peur, de cultiver leurs champs, d’envoyer leurs enfants à l’école et de circuler sans risquer la mort.
Le bilan de plus de 300 civils tués en cinq mois est un signal d’alarme. Il exige une réponse nationale forte, une action judiciaire sérieuse et une mobilisation humanitaire à la hauteur du drame.
L’Est de la RDC ne peut pas continuer à compter ses morts pendant que les mêmes promesses se répètent. La priorité doit être claire : protéger les civils, poursuivre les criminels et restaurer l’autorité de l’État là où la peur a remplacé la loi.
