SIT-IN DE L’OPPOSITION : L’ONU CONDAMNE LES VIOLENCES ET REMET EN QUESTION LE BILAN OFFICIEL

Les violences survenues lors du sit-in de l’opposition organisé à Kinshasa continuent de susciter de vives réactions au niveau national et international. Par la voix de son porte-parole, Seif Magango, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), dirigé par Volker Türk, a fermement condamné la répression de cette manifestation tenue le 12 juin dernier.

Cette mobilisation avait été organisée par plusieurs formations politiques de l’opposition pour protester contre un projet du changement de la constitution qu’elles considèrent comme une manœuvre susceptible de permettre au président Félix-Antoine Tshisekedi de briguer un nouveau mandat.

Un bilan humain au cœur de la controverse

Un militant de l’ECiDé perd la vie lors d’une manifestation pacifique

Alors que les autorités congolaises soutiennent qu’aucun décès n’a été enregistré lors de cette manifestation, évoquant uniquement des blessés et des dégâts matériels, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme présente une version différente des faits.

Dans une déclaration publiée le 18 juin, Volker Türk s’est dit préoccupé par les informations recueillies sur le terrain.

« Il est préoccupant qu’au moins un manifestant ait été tué et qu’au moins 38 autres aient été blessés lors de la manifestation du 12 juin, dont quatre dirigeants de l’opposition. Le gouvernement de la République démocratique du Congo a l’obligation de faciliter les rassemblements pacifiques et d’assurer la protection des participants. Tout recours à la force par les forces de l’ordre doit constituer un dernier recours et respecter pleinement les limites imposées par le droit international des droits de l’homme. »

Le Haut-Commissaire a également pris acte de l’ouverture d’une enquête par les autorités congolaises, tout en insistant sur la nécessité que celle-ci soit indépendante, transparente et approfondie afin d’établir les responsabilités et de garantir que les auteurs d’éventuelles violations des droits humains répondent de leurs actes dans le respect des normes d’un procès équitable.

L’ONU appelle par ailleurs les autorités congolaises à garantir pleinement les libertés fondamentales à l’approche des échéances électorales prévues en 2028.

« Les autorités de la RDC doivent respecter et garantir le plein exercice des libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique à l’approche des élections présidentielle et législatives prévues en 2028 », a souligné le Haut-Commissariat.

La justice mobilisée pour établir les faits

Sur le plan judiciaire, le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a engagé plusieurs démarches dans le cadre de la politique pénale visant à faire toute la lumière sur les incidents survenus aux abords du Palais du Peuple.

Dans la soirée du 17 juin 2026, des correspondances officielles ont été adressées à plusieurs organisations politiques et institutions afin de recueillir des témoignages, des éléments de preuve et toute documentation susceptible de contribuer à l’établissement des faits.

Parmi les structures sollicitées figurent :

  • L’ECiDé ;
  • L’Alliance pour le Changement (A.Ch) ;
  • L’ENVOL ;
  • Ensemble pour la République ;
  • Le Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA) ;
  • La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

Une divergence persistante des versions

Malgré l’ouverture de cette enquête, les divergences demeurent profondes entre les différentes parties.

Le gouvernement provincial de Kinshasa maintient qu’aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée, limitant le bilan à plusieurs blessés et à des dégâts matériels. De leur côté, les organisateurs de la manifestation continuent d’affirmer que les violences ont causé plusieurs décès, de nombreux blessés graves ainsi que d’importantes destructions de biens.

Dans ce contexte, l’enquête annoncée apparaît comme un test majeur pour les institutions congolaises. Elle devra permettre d’établir les faits avec impartialité, de déterminer les responsabilités éventuelles et de clarifier définitivement le bilan de cette manifestation qui continue d’alimenter le débat politique en République démocratique du Congo.