FRIVAO : l’argent des victimes au cœur d’un scandale d’État

Le dossier FRIVAO entre dans une phase sensible. Alors que des fonds destinés aux victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC sont au cœur d’un procès, la question centrale reste la même : l’argent de la réparation a-t-il réellement atteint les victimes ?

Affaire FRIVAO : un procès au cœur de la réparation des victimes

L’affaire FRIVAO ne concerne pas seulement une procédure judiciaire. Elle touche à une question plus profonde : la dignité des victimes congolaises qui attendent réparation depuis des années.

Le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC devait canaliser les 325 millions de dollars américains que l’Ouganda doit verser à la République démocratique du Congo, à la suite d’un arrêt de la Cour internationale de justice. Ces fonds concernent notamment les exactions commises entre 1998 et 2003, dont celles liées à la guerre de six jours à Kisangani.

Mais ce mécanisme, présenté comme un instrument de justice, est aujourd’hui lui-même au centre d’un procès. La Cour d’appel de Kinshasa/Gombe a fixé une audience de confrontation au 19 mai 2026, étape considérée comme importante pour éclairer la gestion controversée du fonds.

Des fonds mobilisés, mais une confiance brisée

Une première tranche de 194 millions USD a déjà été reçue par la RDC. Sur cette somme, 28 millions USD avaient été décaissés avant la suspension du mécanisme en avril 2026, dans l’attente des enquêtes.

Cette suspension a été annoncée par le gouvernement afin de renforcer la transparence et de corriger des irrégularités relevées dans l’identification des bénéficiaires. Des anomalies dans les listes ont suscité des doutes sur la fiabilité du processus initial.

C’est là que le dossier devient politiquement et moralement explosif. Il ne s’agit pas d’un simple débat administratif. Il s’agit de savoir si des fonds destinés à des victimes de guerre ont été correctement gérés, ou s’ils ont été captés par des circuits opaques.

Les victimes au centre, mais souvent oubliées

Dans ce dossier, le mot “victimes” revient partout. Pourtant, ce sont elles qui semblent les moins visibles. Elles ont subi des pertes humaines, matérielles, physiques et psychologiques. Les victimes ont attendu la reconnaissance. Elles ont attendu l’indemnisation. Elles attendent encore la vérité.

La réparation ne peut pas être réduite à un chiffre sur un compte bancaire. Elle implique une identification juste, des paiements transparents, un suivi social et une communication claire. Si les listes sont contestées, si les montants sont mal expliqués, si les bénéficiaires réels restent dans l’attente, la réparation devient une nouvelle frustration.

Le FRIVAO devait être un symbole de justice. Il risque aujourd’hui de devenir, aux yeux de l’opinion, le symbole d’une promesse trahie.

Des soupçons autour des marchés publics

L’affaire a aussi pris une dimension plus large avec des soupçons portant sur des marchés publics. Le CREFDL estime à 34,6 millions USD le montant des marchés publics irréguliers liés au dossier et demande l’élargissement des enquêtes depuis le premier encaissement des fonds par la RDC, intervenu le 2 septembre 2022.

Ces éléments renforcent la nécessité d’un audit complet. Si des marchés ont été attribués de manière irrégulière, la justice doit déterminer les responsabilités. Si des fonds ont été détournés de leur objectif initial, ils doivent être retracés. Et si des bénéficiaires fictifs ont été introduits dans le processus, il faut les identifier.

L’enjeu est simple : chaque dollar détourné ou mal affecté est une perte directe pour les victimes.

Une affaire qui interroge l’État congolais

Le dossier FRIVAO pose une question plus large à l’État congolais : comment gérer les mécanismes de réparation dans un pays marqué par plusieurs décennies de conflits ?

La RDC ne manque pas seulement de fonds. Elle manque souvent de mécanismes solides pour protéger ces fonds. Quand l’argent arrive, les conflits de compétence, les pressions politiques, les réseaux d’influence et les faiblesses administratives peuvent rapidement affaiblir l’objectif initial.

Dans le cas du FRIVAO, la réparation devait être une réponse à une injustice historique. Mais pour être crédible, cette réponse doit être irréprochable. Elle doit être contrôlée, documentée et expliquée aux victimes et à l’opinion publique.

L’audience du 19 mai, une étape importante

L’audience de confrontation du 19 mai 2026 est donc très attendue. Elle doit permettre de confronter les versions, d’éclairer les zones d’ombre et de faire avancer la vérité judiciaire.

Mais cette audience ne suffira pas à elle seule. La justice devra aller jusqu’au bout. Les autorités devront publier des informations claires sur les montants reçus, les montants décaissés, les bénéficiaires réels, les marchés attribués et les mesures prises pour corriger les irrégularités.

Sans transparence, la suspicion restera. Et dans un dossier aussi sensible, la suspicion est déjà une blessure supplémentaire pour les victimes.

Restaurer la réparation, pas seulement punir

L’objectif ne doit pas être uniquement de sanctionner les responsables éventuels. Il doit aussi être de sauver le mécanisme de réparation. Les victimes ne doivent pas être doublement punies : d’abord par les violences subies, ensuite par les lenteurs, les soupçons et les détournements présumés.

Le gouvernement doit donc sécuriser les fonds restants, assainir les listes, accélérer l’audit et reprendre les indemnisations sur une base crédible. La justice, de son côté, doit établir les responsabilités sans pression politique.

L’affaire FRIVAO est un test. Un test pour la justice congolaise, pour la gouvernance publique, mais surtout, un test pour la capacité de l’État à respecter la douleur des victimes.