Plus de cinq ans après son instauration, l’état de siège en Ituri peine à produire des résultats concrets. Entre violences persistantes, critiques croissantes et défiance des populations, la gestion militaire est aujourd’hui fortement remise en question.
Dans le territoire de Djugu, épicentre des violences, les massacres de civils, les déplacements massifs de populations et la destruction systématique de villages continuent d’être signalés avec une régularité alarmante. Cette persistance de l’insécurité pose une question fondamentale : quelle est encore l’utilité d’un dispositif censé protéger, lorsque les populations continuent de subir l’horreur au quotidien ?

Au-delà du constat sécuritaire, les critiques se multiplient quant à la gouvernance imposée par l’état de siège. Sous l’autorité du Lieutenant Général Johnny Luboya Nkashama, plusieurs acteurs de la société civile dénoncent une gestion jugée opaque, peu redevable et insuffisamment inclusive. L’absence de communication claire et de résultats visibles alimente un climat de méfiance généralisée.
Plus préoccupant encore, certaines communautés, notamment dans Djugu, expriment un sentiment croissant de marginalisation, voire de ciblage. Qu’elles soient fondées ou non, ces perceptions constituent un danger en elles-mêmes. Dans un contexte aussi fragile, la rupture de confiance entre la population et les forces de sécurité devient un facteur direct d’aggravation du conflit.
Ce qui devait être une réponse temporaire à une crise exceptionnelle tend aujourd’hui à se transformer en un système figé, incapable de s’adapter ou de produire des résultats tangibles. Pire, l’état de siège semble désormais alimenter les tensions intercommunautaires et renforcer les soupçons quant à son efficacité réelle.
Face à cette impasse, une exigence s’impose : la vérité, la transparence et la redevabilité. Des enquêtes indépendantes doivent être diligentées sans délai pour faire la lumière sur les violences persistantes, identifier les responsabilités et restaurer un minimum de crédibilité institutionnelle.
Plus largement, il devient urgent d’ouvrir un débat national sérieux sur la pertinence du maintien de l’état de siège en Ituri. Car en l’absence de résultats concrets, cette mesure risque de s’inscrire dans l’histoire non pas comme une solution, mais comme un facteur ayant contribué à l’enlisement, voire à l’aggravation d’une crise déjà profondément tragique.
Source : Envoyé Spécial d’Africa Central News
