Une menace existentielle terroriste grave sévit ces deux derniers mois dans de grands centres du Territoire de Mambasa, avec comme bilan près d’un demi-millier de morts, des déplacements massifs des populations, des destructions des biens, des incendies, des enlèvements de personnes. Contre toute attente, au lieu de s’attaquer à cette menace, qui coupé en deux l’épine dorsale de la communication à l’Est de la RDC qu’est la RN4, voilà que les animateurs de l’état de siège, qui gèrent cette entité faisant partie de la province de l’Ituri, ainsi que leurs thuriféraires, se livrent à des manœuvres éhontées de diversion.

Celles-ci consistent notamment à brandir la CRP, la Convention pour la Révolution Populaire, comme autrice d’opérations d’instrumentalisation des populations parquées dans les camps des déplacés, déjà si vulnérabilisées par l’incapacité de l’état de siège à remplir ses missions de sécurisation et de restauration de l’autorité de l’Etat en Ituri.
Quel cynisme ! quelle fuite en avant ! Cela ne peut n’étonner ou émouvoir que des naïfs.
L’opinion est en effet sidérée par la campagne médiatique de sape de l’image de la CRP. Celle-ci est accusée par-ci de se servir des déplacés, dont des enfants, notamment ceux des camps environnant Bule, comme des boucliers humains, des remparts. Par-là, on apprend que la CRP se serait infiltrée au sein même des sites des déplacés, rendant les opérations dont celles de protection des civils par la Monusco presque impossible. Ces infortunés subiraient même la répression de la part de la CRP qui les prendrait en otage pour la réalisation de ses desseins.
Menaces et rafles des FARDC
Il n’est un secret pour personne que les camps des déplacés font plutôt les frais des menaces verbales et physiques des plus hautes autorités qui dirigent l’Ituri. Qui ne se souvient des rafles opérées en novembre-décembre 2025 notamment au camps Kigonze ? Près de 100 pensionnaires de ce camp furent appréhendés par les FARDC, lors de bouclages répétitifs, et emmenés pour être internés au cachot de l’Etat-Major de l’armée à Tsere ? « Enquêtes » faites, aucun grief ne fut retenu contre eux, pourtant accusés au départ d’être des éléments de la CRP !

Qui n’a pas entendu l’audio devenu viral du porte-parole des Fardc, par lequel il promettait d’opérer une « grande destruction » aux sites de Bule, considérés par lui comme « des objectifs militaires », d’y « éteindre l’incendie par l’essence », en utilisant « tous les moyens avec une grande destruction », prenant à l’occasion à témoin à la fois la Société civile de l’Ituri et le clergé catholique ?
« Il est évident que l’instrumentalisation des camps des déplacés est une diversion. Vous savez, les camps sont un indicateur imparable de l’échec de l’état de siège. Le non-retour des déplacés dans leurs milieux d’origine est la preuve que l’objectif de la sécurisation des territoires de l’Ituri comme celui de la restauration de l’autorité de l’Etat n’ont pas été atteints », analyse un observateur averti qui a requis l’anonymat.
Les premiers camps des déplacés internes datent de 2018, il y a 8 ans. Un récent décompte établi par l’Association des déplacés de guerre, ADVG en sigle, en févier 2026, donne le chiffre de l’existence de 68 camps des déplacés. On en conclut qu’en 5 ans d’existence, sur les 8 du chaos de l’Ituri, l’état de siège n’a eu aucun effet sur la problématique de déplacement des populations, elle-même conséquence de l’insécurité en Ituri.
« Que l’état de siège sécurise l’Ituri, les camps des déplacés disparaitront automatiquement », propose l’observateur ci-haut cité. « Voilà la solution. Les menaces, les mensonges, la recherche de boucs-émissaires n’exonéreront jamais l’état de siège de ses responsabilités. Ce qui est grave, c’est qu’il est documenté que l’état de siège, au lieu d’assurer la sécurisation des sites des déplacés comme le préconise les instruments juridiques en la matière, y commet plutôt de crimes contre l’humanité », relève-t-il.

C’est ce qui vient de se passer, pour n’évoquer que les derniers cas en date, le jeudi 9 avril 2026 matin, simultanément dans les localités de Djaiba non loin de Fataki et dans la Plaine Savo, non loin de Bule. Les FARDC y ont simultanément lancé des bombes meurtrières. Bilan : des blessés et des morts, dont un bébé.
Qui finalement instrumentalisent les déplacés si ce ne sont pas ceux qui, appelés à s’occuper d’eux, les martyrisent à satiété ? Pourquoi n’assurent-ils pas leur prise en charge ? Pourquoi assistent-ils indifférents à la « sheguisation » des enfants des déplacés ? Pourquoi n’arrivent-ils pas à mettre en place les conditions idoines pour leur retour dans leurs milieux de départ ? Pourquoi organisent-ils régulièrement des chasses-à-l’homme dans les sites des déplacés, dont les résultats se sont toujours révélés infructueux ? Pourquoi profèrent-ils des menaces de destruction contre des vulnérables qui ont tout perdu, jusqu’à l’espoir d’un lendemain meilleur ?
Aujourd’hui ou demain, l’histoire répondra à ce cri de cœur. Son jugement de sera implacable.
Source: Jacques AFITOYI, un libre penseur de la Province de l’Ituri
