Ituri, Djugu, Bule : Chronique d’un abandon organisé et d’une population sacrifiée

Depuis plus de trois mois, la plaine de Savo, et en particulier le centre commercial de Bule, en terroire de Djugu est devenue le théâtre d’un drame humain dont la gravité ne peut plus être minimisée. Des milliers de civils y ont été confinés, livrés à eux-mêmes, dans des conditions indignes. Avant même toute intervention extérieure, l’impuissance des FARDC avait déjà scellé le sort de cette population : les miliciens de la CODECO y régnaient en maîtres, semant la mort semaine après semaine, sans réelle opposition.

Puis est arrivée le mouvement de la Convention pour Révolution Populaire (CRP). En intervenant à Bule, elle a démontré, en un temps record, ce que l’armée régulière n’avait jamais su ou voulu faire : reprendre le contrôle du terrain et repousser à la fois les miliciens de la CODECO et les éléments des FARDC. Pour les habitants, cette séquence a eu valeur de libération. Mais cette éclaircie n’aura été qu’un répit.

Car très vite, sous couvert d’un accord bilatéral, l’armée ougandaise (UPDF) s’est déployée dans la zone, imposant un ultimatum aux groupes armés. La CRP s’est retirée. Et dans l’ombre de ce redéploiement, les FARDC ont opéré leur retour. Un retour qui n’a rien d’anodin :

Les miliciens de la CODECO en nouvelles tenues de l’Armée Congolaise

il a immédiatement ravivé la peur, nourrie par des accusations persistantes de connivence entre les éléments de l’armée congolaise et les miliciens de la CODECO.

Selon plusieurs témoignages face à cette menace, la population n’a eu d’autre choix que de fuir vers les positions de l’UPDF. Mais au lieu d’apporter protection et assistance, les autorités militaires congolaises ont choisi la contrainte. Sur instruction du Gouverneur Militaire, le Lieutenant-Général Johny Luboya Nkashama, les civils ont été interdits de tout mouvement. Une décision qui s’apparente, dans ses effets, à une mise sous siège de populations déjà traumatisées.

Le résultat est aujourd’hui sans appel. Privés d’accès aux terres agricoles et aux sources d’eau, des milliers de déplacés sont progressivement condamnés à la faim et à la soif. La crise humanitaire qui en découle n’est pas une fatalité : elle est la conséquence directe de décisions humaines. Chaque jour, entre 7 et 10 personnes meurent dans ces sites, dans une indifférence qui interroge autant qu’elle indigne.

Et pendant ce temps, un constat dérangeant s’impose : ce sont des soldats étrangers qui, aujourd’hui, escortent des civils congolais vers les champs et les points d’eau pour leur permettre de survivre. L’UPDF, en prenant cette initiative, met crûment en lumière les défaillances  ou les choix  des autorités nationales.

Ce qui se joue à Bule dépasse désormais la simple question sécuritaire. Il s’agit d’un test moral et politique. Un test que les institutions congolaises semblent, pour l’instant, échouer.

Combien de morts faudra-t-il encore pour que cette situation cesse d’être tolérée ? Combien de temps cette population devra-t-elle payer le prix d’arrangements militaires obscurs et de décisions qui ignorent délibérément sa survie ?

Le silence n’est plus une option.

 

 

AfricaCentralNews.com continuera à documenter ce qui ressemble, de plus en plus, à un abandon organisé.