Au Katanga Business Meeting, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, a défendu une économie provinciale moins dépendante de la simple extraction minière. Derrière ce discours, une question demeure : comment faire des minerais un levier réel d’industrialisation, d’emplois et de développement local ?
Une province riche, mais encore trop dépendante des mines
Le Lualaba occupe une place stratégique dans l’économie congolaise. La province concentre une part importante des ressources minières du pays, notamment le cuivre et le cobalt. Mais cette richesse naturelle ne suffit pas toujours à transformer durablement les conditions de vie des populations.
C’est dans ce contexte que la gouverneure Fifi Masuka Saini a plaidé pour une économie allant au-delà de l’exploitation minière. Elle s’exprimait à l’occasion du Katanga Business Meeting, organisé à Kolwezi, un rendez-vous économique qui réunit décideurs publics, investisseurs, entreprises et acteurs du développement autour des enjeux du sud de la RDC.
La transformation locale au centre du discours
L’idée centrale défendue par les autorités provinciales est claire : le Lualaba ne doit plus seulement être une terre d’extraction. Il doit devenir un espace de transformation, de production et de création de valeur.
Transformer les minerais localement permettrait de retenir une partie plus importante des bénéfices en RDC. Cela pourrait aussi favoriser la création d’emplois, le développement des compétences locales et l’émergence d’industries capables de soutenir d’autres secteurs de l’économie.
Dans une province aussi marquée par l’activité minière, cette orientation représente un enjeu majeur. Exporter des matières premières brutes maintient souvent le pays dans une position de fournisseur. Transformer sur place, au contraire, peut renforcer la souveraineté économique et donner plus de poids à la RDC dans les chaînes de valeur mondiales.
Des infrastructures indispensables
Mais cette ambition ne peut pas se limiter aux déclarations. Pour transformer les minerais localement, il faut des infrastructures solides. L’énergie, les routes, les voies ferrées, les centres logistiques et les zones industrielles deviennent alors des conditions essentielles.
Le Katanga Business Meeting 2026 se présente justement comme un espace de discussion autour des dynamiques économiques locales, des investissements et du développement régional. L’événement se tient à Kolwezi du 21 au 22 mai 2026, avec l’objectif de connecter institutions, entreprises et investisseurs.
Sans électricité stable, sans routes praticables et sans politiques industrielles cohérentes, la transformation locale risque de rester un slogan. Le vrai défi est donc de passer d’une économie d’extraction à une économie structurée autour de la production.
Créer des emplois au-delà des sites miniers
La diversification économique est aussi une question sociale. Dans plusieurs villes minières, l’activité économique dépend fortement des entreprises extractives. Cette dépendance rend les populations vulnérables aux fluctuations des prix des minerais, aux tensions sociales et aux décisions prises par de grands groupes industriels.
Une économie plus diversifiée permettrait de créer des emplois dans d’autres secteurs : agriculture, transport, services, énergie, petites industries, commerce et formation technique. Elle permettrait aussi aux jeunes de ne pas dépendre uniquement des emplois directs ou indirects liés aux mines.
Le développement du Lualaba ne peut donc pas être mesuré seulement par la quantité de minerais extraits. Il doit aussi se mesurer par le nombre d’emplois créés, la qualité des services publics, l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation et aux soins.
Un discours ambitieux qui attend des résultats
Le plaidoyer de Fifi Masuka Saini va dans le sens d’une revendication de plus en plus forte en RDC : faire des ressources naturelles un moteur de développement réel. Mais pour convaincre, cette ambition devra produire des résultats visibles.
Les populations attendent moins de promesses et plus de retombées concrètes. Elles veulent voir les routes réhabilitées, les jeunes formés, les entreprises locales renforcées et les revenus miniers mieux redistribués.
Le Lualaba a les ressources pour devenir un moteur économique national. Mais la richesse du sous-sol ne garantit pas automatiquement le développement. Elle peut même aggraver les inégalités si elle n’est pas accompagnée d’une vraie stratégie industrielle, sociale et environnementale.
Le vrai test du développement congolais
Le débat ouvert au Lualaba dépasse les limites de la province. Il concerne toute la RDC. Le pays dispose de ressources parmi les plus recherchées au monde, surtout dans un contexte de transition énergétique mondiale. Mais la question reste la même : la RDC veut-elle rester un simple réservoir de matières premières ou devenir un acteur industriel capable de transformer ses propres richesses ?
Le Lualaba peut devenir un laboratoire de cette ambition. Mais cela exige une vision claire, des investissements sérieux, une gouvernance transparente et une priorité donnée aux populations locales.
Car le développement ne se résume pas à extraire davantage. Il commence lorsque les richesses du sol améliorent réellement la vie de ceux qui habitent au-dessus.
