RDC/Ituri : Kasongo Mulumba prend les commandes d’une province toujours sous tension

 

Le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka a officiellement pris ses fonctions de gouverneur militaire de l’Ituri, lundi 15 juin 2026, lors d’une cérémonie de remise et reprise organisée à l’esplanade du gouvernorat à Bunia. Il succède au lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, qui dirigeait la province depuis l’instauration de l’état de siège en mai 2021.

Cette passation de pouvoir intervient dans une province où les attentes restent immenses. Après cinq années d’administration militaire, l’Ituri demeure confrontée à l’insécurité, aux déplacements de populations, à la présence de groupes armés et, désormais, à une épidémie d’Ebola qui complique encore davantage la situation humanitaire.

Kasongo Mulumba face à une mission lourde

Nommé par ordonnance présidentielle le 5 juin 2026, le général-major Kasongo Mulumba arrive à la tête de l’Ituri avec une instruction claire du président Félix Tshisekedi : rétablir rapidement une paix durable et favoriser le retour des déplacés. Cette orientation lui a été rappelée lors de son audience du 8 juin avec le chef de l’État à Kinshasa.

Avant cette nomination, Kasongo Mulumba occupait les fonctions de commandant adjoint chargé des opérations et des renseignements au sein de la 31ᵉ région militaire basée dans la Tshopo. Son profil militaire et opérationnel laisse entendre que Kinshasa veut imprimer une nouvelle dynamique sécuritaire dans une province où l’état de siège n’a pas encore produit la paix durable promise.

À son arrivée à Bunia, le nouveau gouverneur militaire a placé son mandat sous le signe de la collaboration avec la population. Il a déclaré être venu travailler avec les communautés afin de restaurer la paix et freiner la propagation de l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la province.

L’héritage controversé de Johnny Luboya

Le départ de Johnny Luboya ferme une longue séquence politique et sécuritaire. Nommé en 2021 dans le cadre de l’état de siège, il quitte ses fonctions après avoir dirigé l’Ituri pendant près de cinq ans. Son bilan reste diversement apprécié. Certains retiennent des avancées sécuritaires et infrastructurelles, tandis que d’autres dénoncent la persistance des massacres, l’activisme des groupes armés et l’incapacité à restaurer durablement l’autorité de l’État dans plusieurs zones. L’opinion indiquait déjà que la population était divisée après l’annonce de son remplacement.

Cette division traduit une réalité profonde : l’Ituri ne juge plus ses dirigeants sur les discours, mais sur les résultats visibles. Les populations attendent le retour de la sécurité sur les axes routiers, la protection des sites de déplacés, la reprise des activités économiques et la fin des tueries dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa.

Une province prise entre guerre, Ebola et crise humanitaire

Le nouveau gouverneur prend ses fonctions dans un contexte particulièrement lourd. Ces dernières semaines, les attaques attribuées aux ADF ont continué de provoquer des victimes et des déplacements dans le territoire de Mambasa. Fin mai la société civile alertait déjà sur les conséquences humanitaires des violences dans cette zone.

À Djugu aussi, les violences armées se poursuivent malgré l’épidémie d’Ebola. Le 7 juin, quatre personnes avaient été tuées dans une fusillade attribuée à des miliciens de la CODECO dans le village de Tchelo.

À cela s’ajoute la crise sanitaire. L’Ituri reste au centre de l’épidémie d’Ebola déclarée officiellement en mai 2026. Le nouveau gouverneur devra donc agir sur deux fronts à la fois : la sécurité et la santé publique. Dans une province où l’insécurité limite l’accès aux soins et où la méfiance communautaire peut ralentir la riposte, cette double urgence impose une coordination beaucoup plus forte entre autorités militaires, structures sanitaires, leaders communautaires et partenaires humanitaires.

Le défi de la confiance

La priorité de Kasongo Mulumba ne sera pas seulement militaire. Elle sera aussi politique et sociale. En Ituri, la restauration de la paix passe par la confiance des communautés. Sans cette confiance, les opérations militaires peuvent contenir certains groupes armés sans pour autant régler les causes profondes de la crise.

Le nouveau gouverneur devra donc éviter les promesses générales. La population attend des actes précis : sécurisation des zones de retour, poursuite des groupes armés, lutte contre les complicités locales, protection des déplacés, contrôle des armes illégales, soutien aux zones touchées par Ebola et dialogue sérieux avec les communautés locales.

L’arrivée de Kasongo Mulumba ouvre une nouvelle phase de l’état de siège en Ituri. Mais cette nouvelle phase sera rapidement jugée. Après cinq ans d’attente, les Ituriens ne veulent plus seulement entendre que la paix est une priorité. Ils veulent la voir revenir dans leurs villages, sur leurs routes, dans leurs champs et dans leurs familles.