RDC : la Constitution devient le nouveau champ de bataille politique

La question du changement ou de la révision de la Constitution revient au centre du jeu politique congolais. Entre l’opposition qui lance la Coalition Article 64 et la majorité qui appelle à laisser « le peuple trancher », le débat s’annonce comme l’un des plus sensibles de la période pré-2028.

La Constitution en RDC redevient un sujet explosif. À Kinshasa, l’opposition a annoncé la création de la Coalition Article 64, aussi appelée C64, pour s’opposer au changement de la Loi fondamentale. Cette plateforme regroupe des partis politiques et des mouvements citoyens, dont la Lucha, autour d’un objectif clair : faire barrage à toute tentative de modification constitutionnelle pouvant ouvrir la voie à une prolongation du pouvoir actuel.

Le nom choisi n’est pas anodin. L’article 64 de la Constitution congolaise affirme que tout Congolais a le devoir de faire échec à toute personne ou tout groupe qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution. Pour l’opposition, ce texte devient donc une arme politique et symbolique.

Constitution en RDC : l’opposition hausse le ton

Devant plusieurs militants, des figures de l’opposition comme Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont appelé à l’unité contre ce qu’ils présentent comme un risque de « pouvoir personnel ». Ils demandent aussi le retrait de la proposition de loi référendaire actuellement examinée au Parlement. Selon eux, ce texte pourrait servir de passage vers un changement plus profond de l’ordre constitutionnel.

L’opposition accuse le pouvoir de vouloir préparer le terrain à un troisième mandat. Elle rappelle que Félix Tshisekedi est à son deuxième mandat constitutionnel, après sa réélection contestée par une partie de la classe politique. Dans son discours, la C64 établit même un parallèle avec la période 2015-2016, lorsque l’UDPS et d’autres forces politiques s’opposaient au maintien de Joseph Kabila au pouvoir au-delà de son mandat.

Cette comparaison donne au débat une forte charge historique. En RDC, la question constitutionnelle n’est jamais seulement juridique. Elle touche directement à la mémoire politique, aux transitions difficiles et à la peur du glissement.

La majorité défend le débat démocratique

Du côté de la majorité, le discours est différent. Jean-Pierre Lihau, vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, estime que chacun a le droit de défendre sa position dans un État démocratique. Selon lui, les partisans comme les opposants à une réforme constitutionnelle doivent pouvoir s’exprimer. Mais, au final, « c’est le peuple qui doit trancher ».

Le membre du gouvernement avance aussi un autre argument : celui de l’efficacité de l’État. Il interroge la lourdeur institutionnelle du pays et parle d’un État « obèse » qui absorberait des ressources au détriment des routes, des hôpitaux et du développement.

Cet argument vise à déplacer le débat. Pour la majorité, il ne s’agit pas seulement de mandat présidentiel. Il serait aussi question d’adapter les institutions aux réalités actuelles du pays, vingt ans après l’entrée en vigueur de la Constitution de 2006. Mais cette lecture peine à convaincre l’opposition, qui y voit surtout une manœuvre politique.

Un débat qui peut structurer toute la vie politique

La bataille autour de la Constitution risque donc de dominer l’agenda national. D’un côté, l’opposition veut transformer la C64 en front de résistance. De l’autre, la majorité insiste sur la souveraineté populaire et la nécessité d’ouvrir la discussion.

Le vrai enjeu sera la confiance. Dans un pays marqué par les crises électorales, les conflits armés et les transitions contestées, toute réforme constitutionnelle est immédiatement regardée avec suspicion. Même lorsqu’elle est présentée comme technique, elle devient politique.

La Constitution en RDC entre ainsi dans une nouvelle phase de tension. Le débat ne se limitera pas aux juristes ni aux institutions. Il descendra dans les partis, les Églises, les médias, les mouvements citoyens et les rues. À mesure que l’échéance de 2028 approchera, cette question pourrait devenir le principal marqueur entre le pouvoir et ses adversaires.