Le Sénat de la République démocratique du Congo a adopté, lundi 15 juin 2026, la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum. Les 89 sénateurs présents ont voté en faveur du texte, déjà validé par l’Assemblée nationale, dans un contexte politique marqué par de fortes tensions autour de la Constitution.
Cette adoption intervient à un moment particulièrement sensible de la vie politique congolaise. Depuis plusieurs semaines, l’opposition accuse la majorité de préparer le terrain à une éventuelle révision constitutionnelle. Pour ses détracteurs, cette loi référendaire pourrait ouvrir la voie à une modification des règles actuelles du pouvoir, notamment sur la question très sensible de la limitation des mandats présidentiels. La coalition C64 qualifie cette initiative de « coup d’État constitutionnel ».
Une loi présentée comme un cadre légal nécessaire
Du côté des institutions, le texte est présenté comme une réponse à un vide juridique. La proposition de loi vise à encadrer les modalités d’organisation d’un référendum en RDC, depuis sa convocation jusqu’aux règles de campagne, de dépouillement et de contentieux. L’Assemblée nationale avait déjà adopté le texte le 9 juin, avec 348 voix sur 351 votants, en l’absence des élus de l’opposition.
Pour les partisans de cette loi, il s’agit donc de doter le pays d’un outil démocratique normal, prévu dans l’architecture institutionnelle. Mais dans le climat politique actuel, l’argument juridique ne suffit pas à calmer les soupçons. La méfiance reste forte, surtout depuis que le débat public s’est déplacé vers la possibilité d’un changement de Constitution.
L’opposition dénonce une manœuvre dangereuse
L’opposition congolaise voit dans cette adoption une étape supplémentaire vers une crise politique majeure. La Coalition Article 64, qui s’est mobilisée contre tout projet de changement constitutionnel, affirme que le processus pourrait servir à contourner les limites fixées par la Constitution. La C64 a mis en garde le Sénat contre toute participation à une entreprise visant à contourner les limites matérielles et circonstancielles de la révision constitutionnelle.
Cette crispation s’inscrit dans la continuité du sit-in organisé le 12 juin à Kinshasa par des opposants au changement de Constitution. La manifestation avait été dispersée, provoquant des dénonciations de répression et ravivant les tensions entre le pouvoir et ses adversaires politiques.
Un débat qui dépasse la simple procédure
Au-delà du texte lui-même, cette loi ouvre une séquence politique délicate. La question n’est plus seulement de savoir comment organiser techniquement un référendum. Elle est désormais de savoir à quoi ce référendum pourrait servir.
Dans un pays marqué par des crises sécuritaires persistantes, une économie fragile, une forte défiance envers les institutions et des tensions politiques récurrentes, toute initiative touchant à la Constitution devient immédiatement explosive. Le pouvoir devra donc convaincre qu’il ne s’agit pas d’un instrument destiné à prolonger ou renforcer son emprise institutionnelle.
Pour l’opposition, la bataille ne fait que commencer. Pour la majorité, l’adoption du texte constitue une victoire parlementaire. Mais pour le pays, elle ouvre surtout une période d’incertitude politique où chaque déclaration, chaque initiative et chaque mobilisation autour de la Constitution sera désormais scrutée avec attention.
