BUNIA – Pour le gouvernement congolais, la préservation des vies humaines en Ituri, comme sur l’ensemble du territoire de la République Démocratique du Congo (RDC), ne semble guère figurer au rang des priorités. Bien au contraire, une forme de complaisance administrative s’observe face à la résurgence du virus Ebola. L’épidémie est perçue par d’aucuns comme une manne financière particulièrement lucrative.
Des millions débloqués, une inaction flagrante.
Les récentes déclarations du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, révèlent l’ampleur des flux financiers en jeu. Au dixième jour seulement de la crise sanitaire, l’exécutif avait déjà ordonné le déblocage de 20 millions de dollars. Ces fonds étaient officiellement destinés au déploiement des dispositifs de riposte et à l’aménagement de centres de traitement dédiés.
Néanmoins, ce volontarisme budgétaire affiché est vivement contesté par la presse locale et des observateurs indépendants. Ces derniers dénoncent une inertie coupable de l’État face à la progression de la maladie. Loin de l’efficacité requise, la gestion de cette crise souffre de querelles intestines. Des conflits de légitimité majeurs opposent désormais les praticiens dépêchés depuis Kinshasa au personnel médical local.
Entre « villégiature » à Bunia et détresse sur le terrain.
Sous le sceau de l’anonymat, plusieurs médecins établis en Ituri déplorent l’attitude de leurs confrères de la capitale. Ils assimilent purement et simplement leur mission à Bunia à une forme de villégiature. Les soignants locaux fustigent l’omniprésence de cette délégation gouvernementale dans les établissements de divertissement et de restauration de la ville. Un spectacle qui contraste douloureusement avec l’absence manifeste de ces équipes dans les foyers d’isolement et de traitement.
Pendant ce temps, sur le terrain, le bilan humain s’alourdit et plonge la région dans la détresse :
- Le Centre Médical Evangélique de Nyankunde déplore le décès de praticiens de premier plan.
- L’hôpital Salama de Bunia est également frappé de plein fouet par la perte de son personnel.
- Plusieurs structures sanitaires périphériques ont été contraintes de suspendre temporairement leurs activité
En dépit de cette déliquescence généralisée, le porte-parole du gouvernement maintient une rhétorique lénifiante. Patrick Muyaya argue régulièrement de l’expertise et de la longue expérience de la RDC en matière de gestion épidémique. Force est pourtant de constater l’absence de résultats tangibles sur le terrain, malgré l’ampleur des crédits prétendument alloués dès l’entame de l’épidémie. Face à cette défaillance institutionnelle, et invoquant l’insécurité chronique qui paralyse l’Est de la RDC, les gouvernements Ougandais et Rwandais se sont résolus à clore leurs frontières respectives.
Là où le bât blesse le plus : humanitaires bloqués, ministres prioritaires.
L’incurie des autorités congolaises s’illustre de manière flagrante à l’aéroport international d’Entebbe, en Ouganda.
L’organisation humanitaire américaine Samaritan’s Purse y a acheminé, par un vol cargo Boeing 767, plus de 40 tonnes de fournitures médicales et d’équipements de pointe. Le fret comprend des produits pharmaceutiques pour les traitements, des unités de soins mobiles, des générateurs et du matériel de protection individuelle.
En dépit de l’urgence vitale, la RDC n’a pas jugé opportun de délivrer rapidement l’autorisation d’atterrissage pour un avion-cargo de forte capacité. Un tel appareil aurait pourtant permis d’acheminer ce fret aérien vital en deux ou trois rotations seulement vers l’Ituri. Réduite à la portion congrue, l’organisation américaine se voit contrainte d’employer les modules légers de la MAF (Mission Aviation Fellowship), multipliant ainsi les navettes aériennes de manière anachronique.
Pendant que les populations locales enterrent quotidiennement leurs défunts, le pouvoir central privilégie sa propre logistique d’appareil. Un Airbus A320 a été réquisitionné à seule fin de transporter les ministres de la Communication et de la Santé. Cette mission ministérielle s’attache prioritairement à orchestrer une campagne de relations publiques. L’objectif ? Réhabiliter l’image d’un gouvernement pourtant manifestement impuissant à juguler le fléau sanitaire.
