En Ituri, la crise sanitaire provoquée par Ebola vient s’ajouter à une urgence humanitaire déjà insoutenable. Alors que la République démocratique du Congo fait face à une progression inquiétante de l’épidémie, les sites de déplacés apparaissent aujourd’hui comme l’un des maillons les plus fragiles de la riposte. Le pays comptait au 9 juin 598 cas confirmés, dont 115 décès et 22 guérisons. L’épidémie, causée par la souche Bundibugyo, touche notamment 17 zones de santé en Ituri, en plus du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les sites de déplacés, maillon faible de la riposte
Dans les sites de déplacés de Kigonze et de l’ISP, à Bunia, la situation inquiète particulièrement. L(es mesures de prévention y sont quasiment absentes, alors que ces deux sites accueillent près de 30 000 personnes déplacées. Les dispositifs de lavage des mains seraient très insuffisants et l’accès à l’eau potable demeure difficile pour de nombreuses familles.
Prévenir Ebola sans eau, sans savon et sans espace : une mission presque impossible
Cette réalité expose une population déjà affaiblie par les violences armées, la faim, la promiscuité et le manque d’abris dignes. Dans ces conditions, parler de prévention devient presque théorique. Comment demander à une famille déplacée de respecter des règles sanitaires strictes lorsqu’elle n’a ni eau suffisante, ni savon, ni espace pour s’isoler, ni accès rapide à une structure de santé fonctionnelle ?
L’Organisation mondiale de la santé a déjà reconnu la complexité de cette flambée. Elle indique que l’épidémie se développe dans un contexte marqué par l’insécurité, les mouvements importants de populations et une crise humanitaire persistante. L’OMS rappelle également que la souche Bundibugyo ne dispose pas encore de vaccin homologué ni de traitement spécifique, même si des candidats sont en cours d’évaluation.
À cette difficulté médicale s’ajoute un obstacle sécuritaire majeur. Dans plusieurs zones de l’Ituri, notamment Djugu, Irumu et Mambasa, les groupes armés compliquent l’accès des équipes sanitaires aux populations. Les opérations de riposte sont perturbées par l’insécurité, la méfiance communautaire et des attaques contre des équipes médicales ou funéraires.
Le traçage des contacts reste insuffisant
Le traçage des contacts, élément essentiel pour contenir Ebola, reste également en dessous des objectifs. Selon l’OMS, la riposte vise généralement à suivre entre 90 % et 95 % des contacts, mais le taux atteint seulement 62 % au niveau national. À Bunia, il serait monté à 78 %, tandis que certaines zones de santé restent presque hors de portée.
Protéger les déplacés pour protéger toute l’Ituri
Cette situation révèle une double vulnérabilité. D’un côté, les déplacés sont les premières victimes de l’effondrement sécuritaire. De l’autre, ils deviennent les plus exposés lorsqu’une épidémie frappe une province déjà privée d’infrastructures sanitaires solides. L’Ituri ne fait donc pas seulement face à Ebola. Elle fait face à l’accumulation de plusieurs crises : guerre, déplacement forcé, pauvreté, faiblesse de l’État, désorganisation sanitaire et absence de protection sociale.
Dans les camps, chaque retard peut avoir des conséquences dramatiques. Un cas non détecté, une personne malade non isolée, un contact non suivi ou un enterrement non sécurisé peuvent suffire à accélérer la propagation. C’est pourquoi la réponse ne peut pas se limiter aux communiqués officiels. Elle doit se traduire par des actions visibles : multiplication des points d’eau, distribution massive de savon, renforcement des équipes de surveillance, sensibilisation communautaire, appui alimentaire et sécurisation des zones à risque.
Ebola révèle l’abandon prolongé des déplacés
L’épidémie d’Ebola en Ituri met une fois de plus en lumière l’abandon prolongé des populations déplacées. Ces familles ne demandent pas des discours. Elles ont besoin d’eau, de soins, de sécurité et de dignité. Tant que ces besoins fondamentaux ne seront pas couverts, la riposte sanitaire restera fragile.
Aujourd’hui, l’urgence est claire : protéger les déplacés pour protéger toute la province. Car en Ituri, la lutte contre Ebola ne se gagnera pas seulement dans les laboratoires ou les centres de traitement. Elle se gagnera aussi dans les sites de déplacés, là où vivent ceux que la guerre a déjà tout pris.
