La République démocratique du Congo suit avec inquiétude la montée des violences xénophobes en Afrique du Sud. Dans un climat marqué par des attaques visant des ressortissants étrangers, principalement africains, Kinshasa envisage de dépêcher une mission interinstitutionnelle afin d’évaluer la situation réelle de ses citoyens vivant dans ce pays.
Cette initiative intervient alors que plusieurs États africains ont déjà commencé à assister ou rapatrier leurs ressortissants exposés aux violences, aux menaces et aux campagnes anti-immigration. Pour la RDC, l’enjeu est désormais clair : ne pas attendre que la situation se transforme en drame humanitaire avant d’agir.
Des Congolais exposés à une situation de plus en plus préoccupante
Selon le compte rendu de la 92ᵉ réunion du Conseil des ministres, la vice-ministre congolaise des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganato, a alerté sur l’évolution préoccupante de la situation sécuritaire des Congolais établis en Afrique du Sud. Les rapports transmis par la mission diplomatique congolaise à Pretoria font état de vulnérabilités en matière de protection, de sécurité et d’accès aux services essentiels.
La mission annoncée par Kinshasa devrait permettre au gouvernement de disposer d’une appréciation plus complète de la situation sur le terrain. Elle devra aussi établir une cartographie fiable des besoins réels des Congolais vivant en Afrique du Sud, afin de préparer une réponse adaptée.
Cette réponse pourrait aller de l’assistance consulaire renforcée à l’assistance humanitaire, voire au rapatriement volontaire des compatriotes les plus vulnérables. Dans un contexte aussi sensible, cette option ne doit pas être vue comme un échec diplomatique, mais comme une mesure de protection lorsque la sécurité des citoyens est menacée.
La xénophobie, une blessure ouverte en Afrique du Sud
Les violences xénophobes ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud. Depuis plusieurs années, des étrangers africains sont régulièrement accusés de prendre les emplois, d’occuper les services publics ou de contribuer à la criminalité. Ces accusations, souvent nourries par la pauvreté, le chômage et les discours populistes, finissent parfois par se transformer en violences collectives.
Ces dernières semaines, la tension a encore monté. Des groupes anti-immigration ont multiplié les manifestations et les pressions contre les migrants, des commerces appartenant à des étrangers ont été attaqués. Des familles ont dû fuir, des ressortissants africains, même installés légalement depuis des années, vivent désormais dans la peur.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a condamné ces violences et promis des actions contre les groupes qui exploitent la question migratoire à des fins politiques, personnelles ou criminelles. Il a aussi rappelé que l’application des lois migratoires relève exclusivement de l’État, et non de groupes qui arrêtent des personnes dans la rue pour exiger leurs documents.
Une crise qui dépasse les frontières sud-africaines
La situation est devenue un dossier continental. Le Ghana, le Malawi, le Mozambique et le Nigeria font partie des pays qui ont déjà organisé ou envisagé le retour de certains de leurs ressortissants. Cette multiplication des initiatives montre que le problème n’est plus seulement sud-africain. Il touche désormais les relations entre États africains.
L’image de l’Afrique du Sud est directement affectée. Le pays qui fut longtemps perçu comme un symbole de la lutte contre l’apartheid se retrouve aujourd’hui critiqué pour la violence subie par d’autres Africains sur son territoire. Cette contradiction choque d’autant plus que plusieurs pays du continent avaient soutenu les Sud-Africains pendant leur combat historique contre la ségrégation raciale.
La xénophobie fragilise aussi l’idée d’une solidarité africaine réelle. Elle révèle une tension profonde entre les discours panafricains et la réalité vécue par de nombreux migrants africains dans certains pays du continent.
Kinshasa doit agir avec fermeté et méthode
Pour la RDC, la priorité doit être la protection des Congolais. La mission annoncée ne doit pas se limiter à une visite diplomatique de façade. Elle doit produire des résultats concrets : identification des Congolais exposés, évaluation des besoins urgents, renforcement de l’assistance consulaire, dialogue avec les autorités sud-africaines et préparation d’un mécanisme de rapatriement volontaire pour les cas les plus sensibles.
Kinshasa doit également éviter deux erreurs. La première serait de minimiser la situation en attendant que les violences diminuent d’elles-mêmes. La seconde serait de se contenter de déclarations politiques sans mécanisme de suivi. Les Congolais vivant en Afrique du Sud ont besoin d’une réponse visible, organisée et rapide.
La protection des citoyens à l’étranger est une responsabilité fondamentale de l’État. Dans un contexte où la xénophobie peut basculer rapidement vers des violences plus graves, la RDC doit montrer qu’elle ne laisse pas ses ressortissants seuls face à la peur, à l’insécurité et à l’incertitude.
Une alerte pour toute l’Afrique
Au-delà du cas congolais, cette crise pose une question plus large : quel avenir pour la mobilité africaine si les Africains eux-mêmes ne peuvent plus vivre, travailler ou circuler dignement dans d’autres pays du continent ?
L’Afrique ne peut pas construire son intégration en laissant prospérer les violences contre les migrants africains. Les États doivent lutter contre l’immigration irrégulière par des moyens légaux, mais ils doivent aussi protéger la dignité humaine, condamner les discours de haine et empêcher les groupes violents de se substituer à l’autorité publique.
Les violences xénophobes en Afrique du Sud rappellent que la solidarité africaine ne peut pas rester un slogan. Elle doit devenir une obligation politique, diplomatique et humaine.
