Au Soudan du Sud, l’État du Jonglei replonge dans une violence qui rappelle les heures les plus sombres de la guerre civile. Villages incendiés, hôpitaux détruits, marchés pillés, populations déplacées : les civils paient une nouvelle fois le prix d’un conflit politique et militaire qui menace de faire basculer le plus jeune pays du monde dans une crise encore plus profonde.
Selon de récentes enquêtes menées sur le terrain, les forces gouvernementales et les combattants de l’opposition sont accusés d’avoir participé à des destructions dans plusieurs localités du Jonglei. Les témoignages recueillis décrivent des habitants fuyant sous les tirs, des maisons brûlées, des structures sanitaires attaquées et des communautés entières poussées vers les marécages, sans nourriture, sans soins et sans protection.
Jonglei : une région prise au piège entre armée et opposition
Le Jonglei est devenu l’un des principaux foyers de tension au Soudan du Sud. Depuis plusieurs mois, les combats entre les forces loyales au gouvernement et les groupes liés à l’opposition se sont intensifiés. Les affrontements ne se limitent plus aux positions militaires. Ils touchent directement les populations civiles.
Dans plusieurs zones, des habitants affirment avoir vu leurs villages détruits après le passage des combattants. Des images satellites et des témoignages de survivants font état de maisons incendiées, de marchés ravagés et de biens civils pillés ou détruits. Les accusations sont graves, mais l’accès limité aux zones touchées rend difficile l’établissement complet des responsabilités.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que les civils sont les premières victimes. Des familles entières ont fui leurs villages. Certaines ont trouvé refuge dans les zones marécageuses. D’autres vivent dans des conditions extrêmes, coupées de l’aide humanitaire et exposées à la faim, aux maladies et aux violences.
Des hôpitaux détruits dans une région déjà fragile
L’un des symboles les plus frappants de cette crise reste la destruction des structures de santé. Dans la ville de Lankien, l’hôpital soutenu par Médecins Sans Frontières a été bombardé, pillé, brûlé et vandalisé après son évacuation. Cette structure médicale était pourtant essentielle pour des centaines de milliers de personnes.
L’établissement offrait des soins vitaux, notamment pour les femmes enceintes, les enfants, les blessés, les personnes malnutries et les survivants de violences sexuelles. Sa destruction a laissé des populations entières sans accès à des services médicaux de base.
Dans une zone frappée par la guerre, la faim et les déplacements, attaquer ou détruire un hôpital ne signifie pas seulement endommager un bâtiment. Cela revient à retirer aux civils leur dernière chance de survivre. Sans hôpital, les femmes accouchent sans assistance. Les enfants malnutris ne sont plus pris en charge. Les blessés meurent faute de soins. Les épidémies se propagent plus facilement.
Une crise humanitaire qui s’aggrave dangereusement
Le drame du Jonglei s’inscrit dans une crise nationale plus large. Le Soudan du Sud fait face à une combinaison explosive : conflit armé, déplacements massifs, insécurité alimentaire, crise économique, inondations récurrentes et arrivée de réfugiés fuyant la guerre au Soudan voisin.
Près de 300 000 personnes auraient été déplacées dans le seul État du Jonglei. Beaucoup vivent désormais isolées, sans accès régulier à l’aide humanitaire. Les routes sont dangereuses, les zones de combat difficiles d’accès et les besoins augmentent plus vite que les capacités de réponse.
Le Programme alimentaire mondial alerte également sur une situation alimentaire catastrophique. Plus de la moitié de la population sud-soudanaise fait face à une insécurité alimentaire aiguë. Dans certaines régions, le risque de famine devient réel, surtout lorsque les combats empêchent l’acheminement de l’aide et détruisent les moyens de subsistance des populations.
Le spectre d’une nouvelle guerre civile
La crise actuelle fait craindre un effondrement du fragile accord de paix de 2018, qui avait permis de mettre fin à la guerre civile entre les camps du président Salva Kiir et de son rival Riek Machar. Les tensions politiques, les accusations mutuelles et les opérations militaires récentes ravivent les divisions qui avaient déjà plongé le pays dans une guerre meurtrière.
Le danger est donc double. D’un côté, les civils subissent une crise humanitaire immédiate. De l’autre, le pays risque de retomber dans une guerre généralisée si les dirigeants ne freinent pas l’escalade. Le Jonglei apparaît aujourd’hui comme un avertissement : lorsque les institutions politiques échouent, ce sont les villages, les hôpitaux et les familles qui brûlent.
La communauté internationale appelle régulièrement à la retenue, à la protection des civils et au respect de l’accord de paix. Mais ces appels restent insuffisants si les violences se poursuivent sur le terrain et si les responsables des attaques contre les civils ne sont pas identifiés et sanctionnés.
Une urgence africaine ignorée
Le drame du Jonglei mérite une attention plus forte du continent africain. Trop souvent, les crises du Soudan du Sud restent loin des grandes priorités diplomatiques, alors qu’elles touchent directement la stabilité de l’Afrique de l’Est et de la région des Grands Lacs.
La destruction des villages, la fermeture des hôpitaux, les déplacements massifs et la faim ne sont pas de simples conséquences secondaires de la guerre. Ce sont les signes d’un État en crise, où la population civile devient la principale victime des calculs politiques et militaires.
Le Soudan du Sud n’a pas seulement besoin d’appels au calme. Il a besoin d’une pression politique sérieuse, d’un accès humanitaire sécurisé, d’une enquête crédible sur les attaques contre les civils et d’un engagement régional plus ferme pour empêcher le retour à une guerre totale.
Dans le Jonglei, chaque village brûlé, chaque hôpital détruit et chaque famille déplacée rappelle une vérité douloureuse : lorsque la paix n’est pas protégée, ce sont toujours les plus vulnérables qui en paient le prix.
