À Mambasa, plus de 80 000 déplacés restent sans assistance humanitaire

Mambasa

Une crise humanitaire qui s’aggrave dans le territoire de Mambasa

Dans le territoire de Mambasa, en Ituri, plus de 80 000 déplacés restent sans assistance humanitaire suffisante, alors que l’insécurité continue de bouleverser la vie des populations civiles. Cette alerte, relayée par la société civile locale, montre une fois de plus l’ampleur d’une crise qui dépasse désormais la simple urgence sécuritaire. Elle touche à la survie quotidienne des familles, à l’accès à la nourriture, aux soins, à l’eau potable et à la protection des civils.

Depuis le début de l’année, plusieurs vagues de violences attribuées aux rebelles des ADF ont poussé des milliers d’habitants à abandonner leurs villages. Les localités de Babesua, Muchacha, Bafwakoa, Salate, Tepe, Itembo et Badengaido figurent parmi les zones les plus affectées. Certaines se sont presque vidées de leurs habitants, selon les alertes locales. Les déplacés se concentrent principalement à Mambasa-Centre et à Niania, où ils dépendent souvent de familles d’accueil déjà fragilisées par la pauvreté et l’insécurité.

Plus de 80 000 déplacés sans assistance humanitaire à Mambasa

La situation est d’autant plus inquiétante que l’aide humanitaire reste très limitée. D’après les informations rapportées par la société civile, près de trois quarts des déplacés n’auraient reçu aucune assistance. Seuls environ 750 ménages auraient bénéficié d’une aide financière d’urgence apportée par Caritas, en plus de quelques gestes de solidarité locale.

Ce chiffre contraste avec l’ampleur réelle des besoins. Les familles déplacées ont besoin de nourriture, de bâches, de médicaments, d’eau potable, de kits d’hygiène, de vêtements et d’un accompagnement psychosocial. Beaucoup vivent dans une grande promiscuité, ce qui expose les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades à des risques supplémentaires.

Le manque d’assistance ne se limite pas à l’absence de vivres. Il révèle aussi une faiblesse structurelle de la réponse humanitaire dans certaines zones de l’Ituri. Les acteurs humanitaires sont confrontés à des difficultés d’accès, à l’insécurité persistante et au manque de moyens. Pendant ce temps, les déplacés continuent de survivre grâce aux familles hôtes, elles-mêmes touchées par la hausse des prix et la baisse de la production agricole.

L’insécurité empêche les familles de retourner aux champs

À Mambasa, la crise humanitaire est directement liée à la crise sécuritaire. La présence continue des ADF dans plusieurs zones périphériques empêche les populations d’accéder à leurs champs. Or, dans cette partie de l’Ituri, l’agriculture reste la principale source de subsistance pour de nombreuses familles.

Privés de leurs villages et de leurs terres, les déplacés perdent en même temps leur logement, leurs revenus et leur autonomie alimentaire. Cette dépendance forcée à l’aide humanitaire devient encore plus grave lorsque cette aide n’arrive pas ou reste très insuffisante.

Le dernier rapport humanitaire d’OCHA sur l’Ituri signalait déjà une détérioration préoccupante de la situation dans la zone de Biakato, en territoire de Mambasa, où plus de 45 000 personnes étaient déplacées dans des conditions précaires. Le même rapport relevait aussi la persistance des violences dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa, exposant les civils aux attaques, aux enlèvements et aux déplacements forcés.

Ebola ajoute une menace sanitaire à la crise des déplacés

Cette crise humanitaire intervient dans un contexte encore plus fragile avec l’épidémie d’Ebola qui touche l’Est de la RDC. En Ituri, les sites de déplacés représentent un risque particulier en raison de la promiscuité, de la mobilité des populations et de l’accès limité aux services de santé.

La ministre des Affaires sociales, Ève Bazaiba, a récemment alerté sur le danger que représenterait la propagation d’Ebola dans les sites de déplacés. Elle a rappelé qu’en Ituri, environ 1,15 million de personnes se trouvent dans 69 sites de déplacés internes, ce qui rend la situation extrêmement sensible sur le plan sanitaire.

Dans un tel contexte, la réponse humanitaire ne peut pas être séparée de la réponse sanitaire. Assister les déplacés, c’est aussi réduire les risques de propagation des maladies, renforcer la prévention et restaurer un minimum de dignité humaine.

Une urgence qui appelle une réponse coordonnée

Face à cette situation, la société civile appelle les autorités congolaises, les FARDC et les partenaires humanitaires à agir rapidement. La priorité reste double : sécuriser les zones d’origine pour permettre un retour volontaire et sûr des populations, tout en assurant une assistance immédiate aux familles déjà déplacées.

La crise de Mambasa rappelle que l’Ituri ne peut pas être réduite aux seuls bilans militaires. Derrière chaque attaque, il y a des villages vidés, des enfants déscolarisés, des familles dispersées et des communautés entières plongées dans l’incertitude.

Tant que les déplacés resteront sans assistance suffisante, la crise continuera de produire ses effets les plus destructeurs : faim, maladie, précarité, désespoir et perte progressive de confiance envers les institutions. Pour Mambasa, l’urgence n’est donc plus seulement de constater la détresse. Elle est d’organiser une réponse rapide, visible et durable.