Ituri, les violences autour de Plaine Savo menacent 76 000 déplacés privés de services essentiels

Site de déplacés de Plaine Savo dans le territoire de Djugu en Ituri, confronté à une nouvelle crise sécuritaire.

Trois personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées lors de nouvelles violences autour du site de déplacés de Plaine Savo, dans le territoire de Djugu, en Ituri. Les affrontements perturbent désormais l’approvisionnement en eau et les services sanitaires dont dépendent environ 76 000 personnes, selon les Nations unies.

À Plaine Savo, près de Bule, les coups de feu ont une nouvelle fois plongé des familles déplacées dans la peur. Depuis le mardi 27 octobre 2026, plusieurs incidents armés ont été signalés dans les localités entourant ce site situé dans la chefferie des Bahema-Badjere.

Selon Salomon Pinzile Lolé, président de la société civile locale, les violences attribuées à des miliciens de la CODECO ont fait trois morts, dont une femme de 56 ans, et six blessés, parmi lesquels quatre grièvement atteints.

Ce bilan, communiqué le 29 octobre, reste provisoire.

L’ONU alerte sur l’interruption de l’aide humanitaire

Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) confirme la gravité de la situation.

Dans une communication diffusée le 30 octobre, l’organisation fait état d’au moins trois personnes déplacées tuées et cinq blessées depuis le 27 octobre. Ce bilan diffère légèrement de celui de la société civile locale.

Mais l’inquiétude concerne également les conséquences humanitaires des affrontements.

Les restrictions d’accès ont entraîné la suspension des livraisons d’eau par camions-citernes, ainsi que de certains services de santé et de nutrition.

Environ 76 000 personnes dépendent de l’assistance humanitaire sur ce site.

Les combats ont également endommagé des champs cultivés autour de Plaine Savo, fragilisant davantage les moyens de subsistance des habitants.

La riposte contre Ebola également menacée

La situation sécuritaire fait peser un risque supplémentaire sur la lutte contre Ebola.

Selon OCHA, trois cas de la maladie avaient été confirmés à Plaine Savo à la mi-septembre.

L’insécurité actuelle pourrait compromettre la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts et les activités de sensibilisation communautaire.

Cette menace intervient alors que les services sanitaires de l’Ituri sont déjà confrontés à des difficultés de fonctionnement.

Une succession d’incidents armés autour de Bule

Les violences de cette fin octobre s’inscrivent dans une série d’incidents qui touchent plusieurs localités du territoire de Djugu.

Le 27 octobre, la société civile avait notamment signalé des attaques dans les villages de Lodja et Oche, en chefferie des Bahema-Nord. Au moins quinze habitations auraient été incendiées et plusieurs biens emportés.

D’autres affrontements ont été rapportés à Bule entre les FARDC et des combattants de la Convention pour la révolution populaire (CRP).

Selon des sources sécuritaires citées par Radio Okapi, des combats survenus le 29 octobre à Bule-centre auraient fait un militaire et trois combattants de la CRP tués, ainsi que sept blessés parmi ces derniers.

Ces affrontements constituent des événements distincts des violences attribuées à la CODECO. Les circonstances de leur déclenchement et les responsabilités respectives restent à établir de manière indépendante.

La protection des déplacés devient une urgence

Face à cette situation, la société civile des Bahema-Badjere appelle les FARDC à renforcer la sécurité des populations civiles.

Elle demande également à la MONUSCO de prendre davantage en considération les alertes provenant des communautés locales.

De son côté, OCHA appelle toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et à garantir un accès sûr et sans entrave aux organisations humanitaires.

Pour les milliers de familles installées à Plaine Savo, l’urgence dépasse désormais la seule question sécuritaire. Il s’agit aussi de préserver l’accès à l’eau, aux soins et à l’alimentation.

Sans une amélioration rapide de la sécurité, ces populations risquent de subir une nouvelle aggravation de leurs conditions de vie.