RDC/Ituri : les déplacés pris au piège entre faim, insécurité et abandon

En Ituri, la faim devient une menace quotidienne pour des milliers de déplacés internes. Autour du site de Plaine Savo, l’insécurité réduit l’accès humanitaire et pousse certains déplacés à risquer leur vie pour chercher de quoi manger.

Une crise humanitaire qui s’aggrave

En Ituri, la crise humanitaire prend une tournure de plus en plus alarmante. Dans plusieurs zones affectées par les violences armées, des milliers de déplacés internes vivent désormais dans une détresse profonde.

La faim, l’insécurité et l’insuffisance de l’assistance humanitaire forment un cercle dangereux. Ce contexte fragilise encore davantage des familles déjà contraintes de fuir leurs villages.

La situation est particulièrement préoccupante autour du site de déplacés de Plaine Savo. Plus de dix personnes auraient été tuées et une vingtaine d’autres blessées entre le 6 et le 28 avril.

Ces victimes tentaient de chercher de la nourriture près du site. La dernière distribution alimentaire dans cette zone remonterait à décembre 2025. Dans le même temps, l’accès humanitaire reste fortement réduit à cause des affrontements dans les environs.

Quand la faim devient une autre forme de violence

Cette réalité montre que la faim n’est plus seulement une conséquence de la guerre. Elle devient elle-même une autre forme de violence.

Quand les familles déplacées ne reçoivent plus d’aide régulière, elles sont obligées de sortir des sites pour chercher des vivres, du bois, de l’eau ou de petits moyens de survie. Ces déplacements les exposent aux attaques, aux enlèvements, aux tirs et aux violences sexuelles.

Une réponse humanitaire limitée par l’insécurité

Médecins Sans Frontières alertait déjà, début mai, sur une nouvelle escalade de violence en Ituri depuis la reprise des affrontements armés à la fin de l’année 2025. L’organisation affirme avoir pris en charge des milliers de patients dans la province depuis février 2026, notamment des civils blessés par balles et des victimes de violences sexuelles.

Le drame des déplacés en Ituri révèle aussi les limites de la réponse humanitaire. Les organisations d’aide font face à des routes dangereuses, à des zones difficilement accessibles et à une insécurité persistante.

Le Programme alimentaire mondial avait déjà reconnu, fin mars à Bunia, que l’insécurité entravait son assistance aux populations vulnérables, dont les déplacés internes et les réfugiés sud-soudanais.

Au-delà des chiffres, ce sont des vies suspendues. Des enfants grandissent dans des abris précaires, des femmes portent seules le poids de la survie familiale et des hommes privés de champs et de revenus, perdent progressivement toute autonomie.

La crise ne détruit donc pas seulement les maisons. Elle désorganise les familles, brise les moyens de subsistance et installe une dépendance forcée à une aide qui n’arrive pas toujours.

Un risque sanitaire qui accentue l’urgence

Cette situation devient encore plus inquiétante dans un contexte sanitaire fragile. L’Ituri fait aussi face à une épidémie d’Ebola, avec plusieurs centaines de cas suspects et des dizaines de décès probables signalés par les autorités sanitaires congolaises.

Dans des sites de déplacés marqués par la promiscuité, le manque d’eau et la faim, le risque humanitaire dépasse désormais la seule question sécuritaire.

Sécuriser, assister et protéger

Face à cette crise, l’urgence est double. Il faut d’abord sécuriser les sites de déplacés et leurs environs pour permettre aux civils de circuler sans risquer la mort. Il faut ensuite garantir un accès humanitaire régulier, notamment en nourriture, soins, eau potable et protection.

Sans cela, les déplacés continueront de payer le prix d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie.

L’Ituri attend une réponse concrète

L’Ituri n’a pas seulement besoin de déclarations de compassion. Elle a besoin d’une réponse concrète, coordonnée et durable.

Car lorsque des familles déplacées doivent choisir entre mourir de faim dans un site ou risquer leur vie dehors pour trouver à manger, c’est tout le système de protection des civils qui est mis en échec.