Journée de l’enfant africain : en RDC, l’enfance reste prisonnière de la pauvreté et de la guerre

 

La Journée de l’enfant africain, célébrée chaque 16 juin, rappelle une urgence que la République démocratique du Congo ne peut plus traiter comme un simple rendez-vous symbolique. En RDC, cette journée intervient dans un contexte où des millions d’enfants restent confrontés à la pauvreté, à l’exclusion scolaire, au travail précoce, aux conflits armés, au manque d’eau potable et à l’absence de protection sociale suffisante. La commémoration de cette année se tient dans un pays marqué à la fois par des progrès dans l’éducation et par de fortes vulnérabilités liées aux conflits et à la pauvreté.

Selon les données rapportées, 7,6 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans ne sont toujours pas scolarisés en RDC. D’autres estimations des Nations unies situent ce chiffre autour de 6,4 millions d’enfants hors de l’école à l’échelle nationale. Ces données placent le pays parmi ceux qui comptent le plus grand nombre d’enfants exclus du système éducatif au monde.

Journée de l’enfant africain : l’école reste un privilège pour trop d’enfants congolais

La RDC a certes connu des avancées dans l’accès à l’école primaire. Mais ces progrès restent fragiles. 83 % des enfants fréquentent régulièrement l’école primaire, contre seulement 53 % au niveau secondaire. En milieu rural, la fréquentation scolaire tombe à 42,3 %, confirmant l’écart profond entre les enfants des villes et ceux des campagnes.

Cette réalité montre que la question scolaire ne se limite pas à l’ouverture des salles de classe. Beaucoup de familles restent incapables d’assumer les coûts indirects liés à l’école : fournitures, uniformes, transport, contributions locales et nourriture. Pour un enfant pauvre, aller à l’école dépend encore trop souvent de la capacité économique de ses parents.

Les enfants vivant avec handicap sont encore plus exposés à l’exclusion. Il est rapporté notamment le plaidoyer de l’Association Voir avec le Cœur pour l’intégration de l’écriture braille dans le système éducatif congolais, afin de permettre aux enfants malvoyants d’étudier dans les écoles ordinaires.

Dans l’Est, la guerre vole l’avenir des enfants

Dans les provinces de l’Est, la crise éducative prend une dimension encore plus dramatique. Selon les chiffres de l’UNICEF, plus de 1,6 million d’enfants y sont privés d’école, plus de 2 500 écoles ont été fermées, détruites ou occupées, et plus 795 000 enfants ont récemment perdu l’accès à l’éducation à cause des violences.

L’école devrait être un lieu de protection. Mais lorsque les classes ferment, les enfants deviennent plus vulnérables au recrutement par les groupes armés, aux enlèvements, aux violences sexuelles, à l’exploitation économique et aux traumatismes psychologiques. Les Nations unies indiquent aussi que les conflits ont provoqué le déplacement de plus de 6,5 millions de personnes, dont 2,6 millions d’enfants.

En Ituri, la situation est particulièrement préoccupante. Près de 12 000 enfants vivant dans les sites de déplacés de Kigonze et de l’ISP, à Bunia, n’ont plus accès à une éducation régulière depuis leur déplacement en 2017. Au site de l’ISP, environ 2 000 autres enfants sont également privés d’éducation. À Kigonze, l’unique école fonctionnelle du site, prévue pour 500 élèves, accueille presque le double.

Eau, santé et identité : des droits encore incomplets

Cette année, la Journée de l’Enfant africain est placée sous le thème : « Garantir l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement pour tous les enfants ». En prélude à cette journée, le ministère du Genre, Famille et Enfant et l’UNICEF ont organisé une journée d’échanges à l’Assemblée nationale, où des enfants reporters ont dialogué avec des députés sur la santé, l’éducation, l’eau, la paix, la sécurité, l’emploi, les infrastructures et les budgets publics.

Les chiffres présentés lors de ces échanges sont alarmants. Seuls trois enfants sur dix disposent d’un acte de naissance, ce qui prive des millions d’enfants d’une identité juridique et d’un accès complet aux services essentiels. Dans le domaine de la santé, la mortalité infantile reste élevée, avec 56 décès pour 1 000 naissances vivantes, tandis que seulement 21 % des enfants âgés de 12 à 23 mois ont reçu l’ensemble des vaccins de base.

Ces données montrent que la protection de l’enfant en RDC doit aller au-delà des discours. Un enfant sans acte de naissance devient invisible pour l’administration, un enfant non vacciné reste exposé aux maladies évitables. Un enfant sans eau potable vit chaque jour avec le risque de tomber malade et un enfant sans école voit son avenir se fermer avant même d’avoir commencé.

Protéger l’enfant, c’est protéger l’avenir du pays

La Journée de l’enfant africain doit donc être un moment d’interpellation nationale. L’État, les provinces, les partenaires internationaux, les familles et les communautés doivent agir sur les priorités concrètes : maintenir les enfants à l’école, protéger ceux vivant dans les zones de conflit, lutter contre le travail des enfants, améliorer l’accès à l’eau et à la santé, renforcer l’enregistrement des naissances et soutenir les familles les plus vulnérables.

En RDC, l’enfant ne doit plus être seulement présenté comme l’avenir du pays.

Il doit devenir une priorité du présent.

Car une nation qui abandonne ses enfants à la rue, à la guerre, à la faim ou à l’ignorance prépare elle-même ses crises de demain.