En Ituri, l’épidémie d’Ebola aggrave une crise alimentaire déjà alarmante

Assistance du PAM pendant l’épidémie d’Ebola en Ituri

L’épidémie d’Ebola en Ituri ne constitue plus seulement une urgence sanitaire. Elle aggrave désormais une crise alimentaire qui touchait déjà une grande partie de la population, fragilisée par les conflits armés, les déplacements massifs et la pauvreté.

Le Programme alimentaire mondial, PAM, estime qu’environ 1,9 million de personnes ont actuellement besoin d’une assistance alimentaire dans la province de l’Ituri. L’organisation décrit la situation comme une crise qui vient s’ajouter à une autre, dans une région où de nombreuses familles avaient déjà du mal à se nourrir avant l’apparition de l’épidémie.

L’épidémie d’Ebola en Ituri perturbe les marchés et les déplacements

Les mesures prises pour limiter la propagation du virus ont des conséquences importantes sur la vie économique locale. Les restrictions de déplacement, la fermeture ou le ralentissement de certains marchés et les difficultés de circulation des marchandises réduisent l’accès aux produits alimentaires.

Dans plusieurs localités, les commerçants rencontrent davantage de difficultés pour acheminer leurs marchandises. Cette situation peut entraîner une hausse des prix, alors que les revenus des ménages diminuent.

Les familles placées en isolement ou soumises à des restrictions sanitaires se retrouvent particulièrement exposées. Lorsqu’elles ne reçoivent pas suffisamment de nourriture, certaines peuvent être tentées de quitter les zones concernées pour chercher de quoi manger. Ces déplacements risquent à leur tour de favoriser la propagation de la maladie.

Pour le PAM, l’assistance alimentaire doit donc être considérée comme une composante essentielle de la riposte sanitaire, et non comme une intervention secondaire.

Une province déjà éprouvée par les violences

Bien avant l’apparition de cette nouvelle épidémie, l’Ituri faisait déjà face à une situation humanitaire grave. Les violences armées ont contraint de nombreuses familles à abandonner leurs villages, leurs champs et leurs activités économiques.

Dans plusieurs territoires, les agriculteurs ne peuvent plus accéder régulièrement à leurs terres. Des routes commerciales restent dangereuses ou difficilement praticables. Les déplacements de population exercent également une pression supplémentaire sur les communautés d’accueil et les camps de déplacés.

Cette accumulation de crises réduit la capacité des familles à résister à un nouveau choc. Une maladie, une hausse des prix ou une interruption des activités commerciales peut rapidement les priver de nourriture.

À l’échelle nationale, près de 26,5 millions de personnes se trouvent en situation de crise ou d’urgence alimentaire en RDC. Les provinces orientales, dont l’Ituri, figurent parmi les zones les plus touchées.

Les malades et les équipes de riposte doivent également être nourris

La réponse contre Ebola exige une importante organisation logistique. Les malades placés dans les centres de traitement doivent recevoir une alimentation adaptée. Leurs familles, parfois isolées pendant plusieurs semaines, ont aussi besoin d’assistance.

Les professionnels de santé, les volontaires communautaires et les équipes chargées du suivi des contacts doivent également bénéficier de repas réguliers pour poursuivre leur travail dans de bonnes conditions.

Le PAM affirme soutenir les opérations en transportant du personnel médical, des équipements et des fournitures vers les zones touchées. L’organisation fournit également une assistance alimentaire aux malades, à leurs proches et à certaines équipes engagées dans la riposte.

Le manque de financement menace la réponse humanitaire

Malgré l’augmentation des besoins, les ressources disponibles restent limitées. Le PAM indique avoir déjà dû réduire certaines formes d’assistance en raison du manque de financement.

Cette situation impose des choix difficiles entre les personnes touchées directement par Ebola et celles qui souffrent déjà de la faim à cause des conflits et des déplacements.

Une réduction prolongée de l’aide pourrait avoir des conséquences graves. Elle risquerait d’augmenter la malnutrition, notamment chez les enfants, mais aussi de fragiliser davantage la riposte contre l’épidémie.

Les organisations humanitaires demandent donc un renforcement rapide des financements afin de soutenir simultanément les interventions sanitaires, alimentaires et logistiques.

Une réponse globale devient indispensable

La situation en Ituri montre que la lutte contre Ebola ne peut pas se limiter aux centres de traitement, à la surveillance des contacts et aux mesures de prévention.

Elle doit aussi prendre en compte la faim, la sécurité, les déplacements de population, l’accès aux marchés et la continuité des activités agricoles.

Sans assistance alimentaire suffisante, certaines mesures sanitaires risquent d’être difficilement acceptées ou respectées par les communautés. À l’inverse, une aide régulière peut permettre aux personnes placées en isolement de rester chez elles et de suivre les recommandations sanitaires.

La maîtrise de l’épidémie dépendra donc autant de la qualité de la réponse médicale que de la capacité des autorités et de leurs partenaires à protéger les moyens de subsistance des populations.