RDC/Ituri : Ebola remet au centre la crise des déplacés, un habitant de Bunia accuse la gestion du Gouverneur Militaire le Lt-Général LUBOYA

Alors que l’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo frappe l’Ituri, la situation des déplacés internes revient au cœur du débat. Dans une analyse transmise à notre rédaction par Obed BYARUHANGA, analyste politique, un habitant de Bunia dénonce ce qu’il considère comme une reconnaissance tardive de la crise humanitaire par le gouverneur militaire Johnny Luboya.

 

L’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo, déclarée en mai 2026 en République démocratique du Congo, continue de secouer l’Ituri. Selon l’Organisation mondiale de la santé, cette flambée a été confirmée après des analyses effectuées par l’INRB, notamment à partir d’échantillons prélevés dans la zone de santé de Rwampara. L’OMS précise également qu’il n’existe pas encore de vaccin homologué ni de traitement spécifique contre cette souche d’Ebola.

Dans cette province déjà fragilisée par les violences armées, la crise sanitaire remet en lumière la situation des déplacés internes. Le gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny LUBOYA N’KASHAMA, a récemment alerté sur la vulnérabilité de près d’un million de personnes déplacées face à l’épidémie. Selon les chiffres qu’il a évoqués, la province compte environ 61 sites de déplacés abritant près de 970 000 personnes.

Une reconnaissance jugée tardive par un habitant de Bunia

Mais cette prise de parole suscite de vives réactions. Dans l’analyse transmise à notre rédaction, un habitant de Bunia, qui a souhaité témoigner, dénonce ce qu’il considère comme une reconnaissance tardive de la crise par le gouverneur militaire.

« Je regrette aujourd’hui que Luboya reconnaisse l’existence des camps de déplacés. Il parle de plus de 61 camps et de plus de 970 000 déplacés en Ituri. Nous avions alerté pendant des années : la mission de Luboya en Ituri était censée ramener la paix et faire revenir les déplacés chez eux », déclare ce témoin.

Selon cet habitant, le Général Luboya aurait longtemps minimisé la situation des déplacés. Il affirme que l’épidémie d’Ebola oblige aujourd’hui les autorités provinciales à reconnaître une réalité longtemps dénoncée par plusieurs voix locales.

« Aujourd’hui, il a le courage d’en parler uniquement parce qu’Ebola l’oblige à lever le voile. L’Ituri souffre avec la milice CODECO, qui serait partenaire pour maintenir Luboya à la tête de la province », poursuit-il.

Ces accusations, graves, sont formulées par le témoin et n’ont pas été établies par une décision judiciaire. Elles interviennent toutefois dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Ces derniers mois, plusieurs attaques attribuées à des hommes armés affiliés à la CODECO ont encore endeuillé l’Ituri, notamment dans le territoire de Djugu.

Le témoin accuse également le gouverneur militaire d’avoir, selon lui, souvent présenté certaines tueries comme des « représailles ». Pour lui, cette lecture des violences ne permet pas de rendre justice à la souffrance des populations civiles.

« Ebola a démontré devant le monde entier qu’en Ituri, il n’y a pas la paix. Les déplacés souffrent sans soutien, sans rien, parce que Luboya envoie de mauvaises informations à Kinshasa », affirme encore l’habitant de Bunia cité dans l’analyse.

Selon ce témoin, les Ituriens veulent avant tout la paix, le retour des déplacés dans leurs villages et la fin de l’impunité. Il souhaite voir le gouverneur militaire répondre devant la justice pour sa gestion de la province.

« C’est lui le responsable des morts de plusieurs Congolais », accuse-t-il.

Une riposte sanitaire compliquée par l’insécurité

L’épidémie actuelle complique davantage la situation humanitaire. La riposte sanitaire doit se déployer dans une province marquée par l’insécurité, les mouvements de populations, la méfiance communautaire et des difficultés d’accès à certaines zones.

Les équipes sanitaires font face à des défis importants, notamment le suivi des contacts, l’insécurité et les attaques contre certaines structures de prise en charge.

« Je souhaiterais que la riposte contre Ebola et l’insécurité se fasse sans sa présence en Ituri. Il a vendu tous les cimetières de la ville de Bunia. Bientôt, la place pour enterrer les gens n’existera plus », affirme-t-il encore.

Contacté, le porte-parole du gouvernorat n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat.

Ces propos illustrent la colère d’une partie de la population face à une crise qui dépasse désormais le seul cadre sanitaire. En Ituri, Ebola révèle aussi l’ampleur d’une crise sécuritaire et humanitaire qui continue de frapper les déplacés, les civils et les communautés locales.

 

Analyse : Obed BYARUHANGA, analyste politique.