La production locale de véhicules électriques en Afrique commence à prendre une nouvelle dimension. Plusieurs constructeurs chinois ne veulent plus seulement vendre leurs voitures sur le continent. Ils commencent désormais à y installer ou reprendre des unités de production, avec l’objectif de se rapprocher directement des marchés africains.
Cette évolution s’est particulièrement illustrée en Afrique du Sud. En juillet 2026, le constructeur chinois Chery a repris l’ancienne usine Nissan de Rosslyn, près de Pretoria. L’entreprise prévoit d’y produire des véhicules hybrides rechargeables, des modèles entièrement électriques ainsi que des véhicules de sa marque Jetour.
La production locale de véhicules électriques en Afrique gagne du terrain
L’arrivée de Chery dans l’industrie automobile sud-africaine ne constitue pas un cas isolé.
D’autres groupes chinois, notamment BAIC et Great Wall Motor, disposent déjà d’activités industrielles ou de partenariats de production en Afrique du Sud. Les investissements chinois dans l’automobile progressent également dans plusieurs pays comme le Maroc, le Kenya, l’Éthiopie et le Ghana.
Cette stratégie répond en partie aux difficultés rencontrées par les constructeurs chinois sur d’autres marchés. En Chine, les ventes automobiles ont reculé de 21,1 % sur un an en juillet 2026, tandis que les exportations ont bondi de 88,2 %. Les exportations de véhicules électriques et hybrides rechargeables ont, elles, progressé de 147,8 %.
Les barrières commerciales imposées ou renforcées dans plusieurs économies occidentales encouragent également les industriels chinois à chercher de nouveaux débouchés. L’Afrique offre à ce titre un marché encore largement sous-équipé en véhicules neufs, avec une population urbaine croissante et une demande importante pour des modèles moins coûteux.
Produire en Afrique plutôt que simplement importer
Pour les pays africains, le changement est important.
Importer des voitures terminées et accueillir une usine automobile ne produisent pas les mêmes effets économiques. Une implantation industrielle peut générer des emplois, former une main-d’œuvre spécialisée et favoriser le développement de fournisseurs locaux.
Mais la véritable portée économique dépendra du niveau de production réalisé sur place. Une usine limitée à l’assemblage de pièces importées ne crée pas autant de valeur locale qu’une industrie capable de produire progressivement davantage de composants sur le continent.
C’est précisément l’un des enjeux de cette nouvelle phase d’investissement.
Le Maroc cherche par exemple à développer une filière complète autour des batteries. La Banque africaine de développement a récemment approuvé un financement de 100 millions d’euros, soit environ 114 millions de dollars, pour soutenir une gigafactory portée notamment par le groupe chinois Gotion High-Tech. La première phase prévoit une capacité annuelle de 10 GWh de cellules et de packs de batteries.
L’Afrique dispose par ailleurs de plusieurs minerais indispensables aux batteries électriques, notamment le lithium, le cobalt, le manganèse et le graphite. La question est donc de savoir si le continent restera principalement fournisseur de matières premières ou s’il parviendra à développer une partie plus importante de la chaîne industrielle.
Des obstacles encore importants
La croissance des véhicules électriques en Afrique reste cependant confrontée à plusieurs contraintes.
Le manque de bornes de recharge, la faiblesse de certains réseaux électriques et le prix d’achat des véhicules limitent encore leur adoption dans de nombreux pays. Le Nigeria illustre bien cette difficulté : le gouvernement encourage les véhicules électriques, mais l’insuffisance de la production électrique complique leur utilisation à grande échelle.
Cela explique aussi pourquoi les véhicules hybrides, les motos électriques et les modèles utilisant des systèmes d’échange de batteries pourraient progresser plus rapidement dans certaines régions.
L’arrivée des industriels chinois ouvre donc une possibilité réelle d’industrialisation automobile pour plusieurs pays africains. Mais le bénéfice à long terme dépendra surtout de leur capacité à obtenir des investissements qui dépassent le simple assemblage.
L’enjeu sera de transformer progressivement ces nouvelles usines en véritables chaînes de production africaines, capables de créer des emplois, des compétences et davantage de valeur sur le continent.
