50 000 déplacés de Bule en Ituri refusent de rentrer sans garanties de sécurité

retour des déplacés de Bule

En Ituri, le retour des déplacés de Bule reste suspendu à une question centrale : la sécurité. Environ 50 000 habitants, installés depuis plusieurs mois sur le site de la plaine de Savo, refusent pour l’instant de regagner leur localité. Ils demandent notamment le remplacement de certains militaires des FARDC déployés dans la zone, qu’ils accusent de graves abus.

Le gouverneur militaire de l’Ituri, le général Gaby Kasongo, s’est rendu à Bule le mardi 11 août 2026. Il s’agissait de sa première visite dans ce centre commercial depuis sa prise de fonctions. Sur place, il a appelé les habitants à rentrer chez eux et à signaler aux autorités tout comportement suspect ou toute menace.

Mais cet appel ne suffit pas encore à convaincre les déplacés.

Huit mois loin de leurs maisons

La situation actuelle trouve son origine dans les violences qui secouent le territoire de Djugu.

Depuis novembre 2025, des milliers d’habitants de Bule ont abandonné leurs maisons à la suite d’affrontements répétés entre les Forces armées de la RDC et la Convention pour la révolution populaire, CRP. Pris au milieu des combats, ils se sont réfugiés dans la plaine de Savo, située à environ cinq kilomètres de Bule.

Des mois plus tard, le retour souhaité par les autorités se heurte toujours à la méfiance d’une partie de la population.

Les déplacés affirment que leur sécurité ne peut être garantie dans les conditions actuelles. Ils mettent particulièrement en cause le comportement de certains militaires présents dans la région.

Selon les témoignages rapportés par Radio Okapi, les populations accusent des éléments des FARDC de meurtres, de pillages et d’arrestations arbitraires. Elles dénoncent également des cas dans lesquels des civils seraient assimilés aux combattants de la CRP.

Le retour des déplacés de Bule dépend de la confiance

Le problème dépasse donc la simple présence d’hommes armés dans la région.

Pour plusieurs déplacés, le retour dépend aussi de la confiance envers ceux qui doivent assurer leur protection. Un responsable du site de Savo estime ainsi que le remplacement des militaires actuellement déployés à Bule pourrait faciliter le retour des habitants.

Cette position place les autorités provinciales devant une équation délicate.

D’un côté, le retour des populations permettrait progressivement de relancer la vie économique et sociale de Bule. De l’autre, contraindre ou précipiter ce mouvement sans restaurer la confiance pourrait exposer les habitants à de nouvelles violences ou provoquer de nouveaux déplacements.

Bule est en effet pratiquement déserté depuis plusieurs mois. Les habitants ont laissé derrière eux leurs logements, leurs commerces, leurs champs et une partie de leurs moyens de subsistance.

Une crise qui dépasse Bule

La situation s’inscrit dans un contexte sécuritaire toujours fragile dans le territoire de Djugu.

Les affrontements entre groupes armés et forces gouvernementales continuent régulièrement de provoquer des mouvements de population en Ituri. Début 2026, la MONUSCO signalait notamment que plusieurs milliers de civils avaient encore trouvé refuge autour de sa base de Fataki en raison de l’insécurité.

La Mission des Nations unies maintient également des opérations de protection des civils dans plusieurs zones du territoire de Djugu.

Pour les quelque 50 000 déplacés concernés, l’enjeu immédiat reste cependant beaucoup plus concret : pouvoir rentrer chez eux sans craindre ceux qu’ils considèrent comme une menace.

L’appel du gouverneur marque ainsi une première étape vers un éventuel retour à Bule. Mais la réponse des déplacés montre que la stabilisation d’une localité ne se mesure pas uniquement à l’absence de combats.

Elle dépend aussi de la capacité des autorités à rétablir la confiance entre la population et les forces chargées de sa protection.